Coronavirus : « Il faudra quelques mois avant d’avoir un éventuel antiviral », selon Sandrine Bélouzard, de l’Institut Pasteur de Lille

INTERVIEW Dans les semaines à venir, l’Institut Pasteur de Lille va se lancer dans la recherche d’un antiviral pour lutter contre le coronavirus provoquant le Covid-19

Gilles Durand

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Sandrine Bélouzard, chercheuse au CNRS et à l'Institut Pasteur de Lille.
Sandrine Bélouzard, chercheuse au CNRS et à l'Institut Pasteur de Lille. — G. Durand / 20 Minutes
  • Depuis le 24 janvier, plusieurs cas d’infection au coronavirus de la maladie Covid-19 ont été confirmés en France, dont deux dans l’Oise.
  • L’institut Pasteur de Lille va se lancer dans la recherche d’un antiviral pour lutter contre ce coronavirus.
  • Sandrine Bélouzard estime qu’il faudra quelques mois pour mettre au point un éventuel médicament antiviral.

Depuis le 24 janvier, plusieurs cas d’infection au coronavirus, ou Covid-19, ont été confirmés en France. Dans l’Oise, deux nouveaux cas positifs ont été officialisés, dont celui d'un enseignant décédé à Paris. La recherche d’un antiviral risque de prendre les allures de contre-la-montre dans les semaines à venir.

20 Minutes a rencontré Sandrine Bélouzard, chercheuse au Centre national de la Recherche scientifique (CNRS) à l’Institut Pasteur de Lille (IPL) pour faire le point.

Quel rôle peut jouer l’IPL dans la recherche contre ce coronavirus ?

Un laboratoire travaille déjà sur les coronavirus. Nous faisons de la recherche antivirale contre un autre coronavirus qui était apparu en 2012, le MERS, transmis par le dromadaire. Il reste encore des cas au Moyen-Orient, mais l’épidémie reste restreinte car elle ne se transmet plus à l’homme.

Nous devons recevoir, la semaine prochaine, un nouvel échantillon de coronavirus isolé par un de nos collaborateurs à Lyon. Le premier que nous avions obtenu était difficilement exploitable. Nous allons pouvoir effectuer du criblage de molécules sur ce coronavirus pour voir comment il réagit. En collaboration avec des chimistes, environ un millier de molécules doivent être testées. Mais il faudra quelques mois avant d’avoir des résultats probants pour mettre au point un éventuel médicament antiviral.

Pourtant, on parle beaucoup de la chloroquine, un traitement contre le paludisme, qui pourrait servir d’antiviral contre le Covid-19…

La chloroquine, utilisée contre le paludisme, fait partie de molécules qui sont testés dans les quelque 80 essais cliniques déployés en Chine. Visiblement les premiers résultats in vitro, c’est-à-dire en laboratoire, semblent fonctionner. Mais il faut vérifier l’efficacité de cette molécule sur une cellule vivante plus complexe. Une autre molécule utilisée contre le virus Ebola semble aussi être assez efficace.

A l’IPL, une de nos chercheuses, Karin Séron, travaille à la confection de nouvelles molécules naturelles extraites de plantes. Certaines de ces molécules ont notamment montré leur efficacité pour lutter contre le coronavirus MERS, nous aurons peut-être des résultats encourageants. Il y a urgence pour le Codiv-19, mais l’intérêt de la recherche est aussi de cibler tous les coronavirus, car d’autres risquent d’apparaître à l’avenir.

Que faut-il craindre dans les semaines qui viennent ?

On voit qu’il se propage, mais il faut faire attention aux interprétations. L’enseignant de l’Oise qui est décédé d’une embolie pulmonaire était porteur du coronavirus. Ça ne signifie pas que le coronavirus est forcément responsable de l’embolie pulmonaire. Par ailleurs, on peut être positif au coronavirus et ne présenter aucun symptôme.

En Chine, une étude sur 44.000 cas de personnes testées positives montre que 80 % avaient une légère fièvre. Pour 15 % des cas, c’était beaucoup plus grave, mais sans risque de décès et seulement 5 % étaient des cas graves avec des risques de mortalité.

Peut-on espérer une fin de l’épidémie au printemps, comme on l’entend dire ?

C’est vrai que la plupart des coronavirus que nous connaissons sont saisonniers. Un tiers des rhumes, par exemple, sont dus à des coronavirus. Mais on ne sait absolument pas comment celui-là va se comporter. Il est impossible de prédire quoi que ce soit.