Lille: Les policiers scientifiques reconstituent une scène de crime devant la préfecture

MANIFESTATION Une action destinée à pousser un coup de gueule contre leur statut qui ne reconnaît pas la dangerosité et la pénibilité du métier

Francois Launay

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Mécontents de leurs conditions de travail, des policiers scientifiques ont reconstitué une scène de crime devant la préfecture de Lille le 12 février 2019.
Mécontents de leurs conditions de travail, des policiers scientifiques ont reconstitué une scène de crime devant la préfecture de Lille le 12 février 2019. — Francois Launay / 20 Minutes
  • Une scène de crime a été reconstituée mercredi midi devant la préfecture de Lille.
  • Une action de policiers scientifiques en colère contre leur statut qui ne reconnaît pas la dangerosité ni la pénibilité du métier.

Du sang, des corps et de nombreux indices. Mercredi midi, une scène de crime a été reconstituée sur la place de la République. Loin d’être un Cluedo géant ou le tournage d’un épisode des Experts dans le Nord, cette action, initiée devant l'Opéra Garnier le 15 janvier à Paris, avait surtout pour but de sensibiliser la population. Dans le rôle des victimes allongées au sol, des policiers scientifiques en colère contre leurs conditions de travail. Avec une revendication principale : le changement de statut de leur profession

« Dans la fonction publique, vous avez deux statuts : celui de sédentaire qui travaille dans les bureaux. Et vous avez celui de catégorie active qui reconnaît entre autres la pénibilité, la dangerosité et les fatigues liées à un métier qui a de fortes contraintes horaires. Sauf que la police scientifique a un statut sédentaire », regrette Xavier Depecker, secrétaire national en charge des policiers scientifiques au SNIPAT (Syndicat National Indépendant des Personnels Administratifs, Techniques et Scientifiques de la Police nationale).

Une dangerosité qui n’est pas prise en compte

Horaires à rallonge, nombreux déplacements et dangerosité du métier sont autant d’arguments que les policiers scientifiques martèlent pour défendre leurs revendications, de nombreux exemples à l’appui.

« Quand vous sortez sur une scène de crime, vous êtes identifié policier. La plupart des mes collègues se déplacent seuls sur une scène. Et parfois, il arrive que des auteurs reviennent sur les lieux de leur crime. Certains peuvent même s’y cacher C’est arrivé à une collègue à Nice qui s’est retrouvée nez à nez avec les deux auteurs cachés sous un lit. Je rappelle qu’on n’est pas armés alors qu’on est face à des individus dangereux. Quand on prend l’ADN ou les empreintes de quelqu’un, on est souvent seuls et on a nos deux mains sur l’auteur des faits qui, lui, a une main libre. C’est dangereux. », raconte Xavier Depecker.

« La police scientifique, c’est une chaîne qui va du prélèvement jusqu’à l’analyse »

Outre le changement de statut, les policiers scientifiques réclament des départs anticipés à la retraite, de meilleures primes mais aussi la prise en compte de la pénibilité pour n’importe quelle personne de la profession. « La police scientifique, c’est une chaîne qui va du prélèvement jusqu’à l’analyse. On a des collègues de terrain et des collègues de labo qui sont dans des bureaux mais manipulent des produits dangereux », précise le syndicaliste.

Jusqu’ici, les demandes des policiers scientifiques sont restées lettre morte. Reçus début janvier au ministère de l’Intérieur, ils sont toujours dans le flou un mois plus tard. Alors pour marquer les esprits, la profession est passée à genre de happening géant pour rappeler que leur métier n’a rien d’évident. « C’est un métier où on voit du sang, où on peut voir des cadavres de bébé se faire découper, où on peut assister à des scènes d’horreur comme ce fut le cas au Bataclan​. Notre métier n’est pas facile », conclut Xavier Depecker en espérant que son message finira par être entendu.