Congé de deuil parental : Comment Guy Bricout, le député du Nord, fut à l’initiative de cette proposition de loi

SOCIAL A l’initiative du proposition de loi sur le congé de deuil parental, le député Guy Bricout revient sur l’échec de sa proposition

Gilles Durand

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Guy Bricout, député de la 18e circonscription du Nord.
Guy Bricout, député de la 18e circonscription du Nord. — Tristan Reynaud/SIPA
  • A 76 ans, Guy Bricout est le député qui a porté la proposition de loi visant à créer un congé de deuil de douze jours pour le décès d’un enfant mineur.
  • Le député trouve « choquant » le refus du gouvernement et des parlementaires LREM.
  • C’est le témoignage d’une mère de famille de Cambrai qui l’a motivé à présenter cette proposition de loi.

A son insu, il est devenu celui par qui le scandale politique arrive. A 76 ans, Guy Bricout, est le député (UDI) qui a porté, le jeudi 30 janvier, la proposition de loi visant à créer un congé de deuil de douze jours – au lieu de cinq – pour le décès d’un enfant mineur. Proposition rejetée par le gouvernement et la quasi-unanimité du groupe parlementaire LREM.

« Ils ont obéi aux ordres »

Un refus « choquant » pour le député du Nord, ancien maire de Caudry, élu local pendant 22 ans avant d’être élu député de la 18e circonscription, en 2017. Il était persuadé que sa proposition de loi était « transpartisan, humain et solidaire ».

« Quand je discutais individuellement avec chaque député de la majorité, il trouvait le projet intéressant. Pourtant, une députée du Nord, d’une circonscription voisine, a également voté contre, par délégation », déplore-t-il. Et le député d’ajouter : « Ils ont obéi aux ordres, me disent-ils ».

La standing-ovation qu’il a reçue de l’assemblée, mardi, n’atténue pas son amertume. Lui-même a vécu ce deuil, en 2012, en perdant son fils âgé de 47 ans. Mais ce n’est pas cet épisode qui l’a motivé pour envisager cette loi. « J’ai été sensibilisé par Pascaline Meyer, une Cambrésienne qui a perdu sa fille à l’âge de 15 ans et qui a créé l’association Pour le sourire de Lucie », raconte-t-il.

« C’est le seul élu qui a prêté une oreille attentive »

En 2012, Lucie Meyer apprend qu’elle a un cancer. Elle a 11 ans. Elle va décéder le 17 novembre 2015, après trois années de souffrance pour la famille. Pascaline Meyer, comme une quinzaine d’autres représentants d’associations, a été reçue, mardi, par la ministre du Travail pour évoquer l’avenir de ce congé de deuil. En 2017, elle avait déjà rencontré Guy Bricout pour lui faire part de sa dramatique expérience.

« Quand je proposais d’augmenter le temps de congé, c’est le seul élu qui a prêté une oreille attentive, précise Pascaline Meyer. L’objectif, ce n’est pas d’aider à faire le deuil. La douleur, on la garde toute la vie. Il s’agit de permettre de se poser, de finir de régler les problèmes administratifs et de faire les premiers pas sans son enfant. »

« Douze jours me paraissent une durée symbolique »

« Quelqu’un qui a vécu un tel drame n’est pas apte à reprendre le travail au bout de cinq jours, assure Guy Bricout. Ça peut même perturber les collègues. Douze jours me paraissent une durée symbolique. C’est un jour de plus que le congé paternité. Au Royaume-Uni, le congé de deuil est de 15 jours, et en Suède, de 10 jours. »

Désormais, c’est au Sénat que cette proposition de loi va être examinée, le 3 mars. « Il a fallu ce tollé pour avoir, peut-être, des avancées pour les familles. C’est dommage, ajoute Pascaline Meyer. En tout cas, si ça va au bout, les familles pourront dire merci à M. Bricout. »