Nord : Le charbon trouvé à Fresnes-sur-Escaut, près de Valenciennes, il y a 300 ans, a changé la face de la région

HISTOIRE La découverte d’un morceau de charbon, il y a 300 ans près de Valenciennes, est l’origine du bassin minier du Nord – Pas-de-Calais, inscrit au patrimoine de l’Unesco en 2012

Vincent Billet

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Une berline commémorative, devant l'Hôtel de ville de Fresnes-sur-Escaut.
Une berline commémorative, devant l'Hôtel de ville de Fresnes-sur-Escaut. — V.Billet/20 Minutes
  • La découverte de charbon, il y a trois cents ans à Fresnes-sur-Escaut, près de Valenciennes (Nord), est l’origine de la naissance du bassin minier du Pas-de-Calais, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2012.
  • Alors que l’industrie du charbon s’est arrêtée en 1990 dans la région, la commune du Valenciennois s’apprête à fêter le tricentenaire de la découverte de cette première gaillette dans les Hauts-de-France.
  • La directrice des archives du centre historique minier de Lewarde (Pas-de-Calais), Virginie Malolepszy, nous en dit plus sur l’importance de cette découverte et sur les 300 ans d’histoire qui en ont découlé.

Au Nord, il y a eu le charbon. L’or noir régional. Sa découverte, à Fresnes-sur-Escaut, près de Valenciennes, en 1720, a été à l’origine du  bassin minier du Nord - Pas-de-Calais, exploité jusqu’en 1990 et inscrit au patrimoine de l'Unesco il y a huit ans.

Trois siècles plus tard, la commune du Valenciennois va fêter cet anniversaire pendant plusieurs mois, à partir du dimanche 2 février*. Des célébrations à la hauteur de l’importance de la roche sédimentaire en région, comme nous l’explique Virginie Malolepszy, directrice des archives du centre historique minier de Lewarde.

Comment expliquer la découverte du charbon à Fresnes ?

Ce n’est pas le fruit du hasard. Au début du 18e siècle, il est utilisé par des petites entreprises de la région, provenant de Mons et Charleroi. En 1713, les traités d’Utrecht dessinent des nouveaux territoires. Des hommes se demandent pourquoi il n’y en aurait pas de l’autre côté de la frontière et le cherchent par là.

Est-ce que tout est allé très vite ?

Il n’y a pas eu de révolution du charbon dès 1720. Jusqu’à 1830, ce sera le temps des pionniers, le premier âge. A cette époque, le problème est de trouver un procédé pour pomper l’eau. L’homme invente, découvre et développe des méthodes d’extraction et de cuvelage. Les premières sociétés sont créées.

Et ensuite ?

De 1830 à 1914, c’est la deuxième période : la conquête de l’Ouest. On comprend qu’il va jouer un rôle majeur dans l’économie. Il y a de la spéculation, de l’argent. On a besoin de charbon, mais la veine a été perdue, à une période, au nord du Douaisis. Deux événements changent la donne : sa découverte fortuite lors d’un forage à Oignies et le développement de la géologie. On ne creuse plus par hasard. La veine est retrouvée au nord-ouest, tout va très vite. En 1880, le bassin représente 45 % de la production nationale. En 1900, avec 130.000 employés chaque jour, 67 %. C’est l’époque du charbon roi.

Pourquoi s’arrête-t-elle ?

Le début de la troisième période, qui s’étend de 1914 à 1990, a été très difficile avec deux guerres mondiales et une crise économique. Le bassin minier reste tout de même le premier producteur français. Dans les années 60, l’Etat fera le choix de mettre fin à l’exploitation du charbon au profit du pétrole et du nucléaire. On s’est préparé à la fermeture avec la reconversion progressive des infrastructures et du personnel. Il y a 122.000 mineurs en 1960, 26.000 en 1980.

L’exploitation minière a marqué l’histoire de la région…

Quand on parle du bassin minier, on parle d’un territoire de 120 km de long sur 6 à 12 de large, d’un million et demi d’habitants et de 250.000 personnes travaillant au maximum. L’incidence a été considérable, d’autant qu’on était quasiment en mono industrie. Pendant plus de cent ans, le charbon a fait tourner toutes les industries de France. Tant d’hommes et de femmes y ont travaillé.

Dont de nombreux immigrés…

Il y a eu de l’immigration tout au long de l’exploitation. Les premiers ont été les ouvriers belges qui connaissaient le métier, venus durant au 18e siècle et jusqu’en 1920. Il y a aussi eu la grande vague polonaise de l’entre-deux-guerres. En tout, 29 nationalités sont venues travailler dans les mines.

* Le programme complet des festivités est à retrouver sur www.fresnes-sur-escaut.fr