Municipales 2020 à Lille : Pourquoi certains partis font campagne en binôme?

POLITIQUE Une pratique nouvelle semble se dessiner dans la campagne aux élections municipales de Lille

Gilles Durand

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 Illustrations de panneaux d'affichage pour les élections.
Illustrations de panneaux d'affichage pour les élections. — G. VARELA /20 MINUTES
  • Deux partis, la France Insoumise (LFI) et Europe Ecologie Les Verts (EELV), ont lancé la campagne électorale en binôme lors des municipales 2020 de Lille.
  • Pour un chercheur en sciences politique, « les listes citoyennes sont en vogue et les têtes de liste de ces partis ne sont pas du tout connues ».
  • Une stratégie inédite qui pose la question du numéro 1 dans ce genre d’élection.

Faire campagne en binôme, une idée nouvelle. Deux partis, la France Insoumise (LFI) et Europe Ecologie Les Verts (EELV), ont ancré cette pratique lors des municipales 2020 de Lille. Mais quel est l’intérêt d’une telle démarche sachant qu’au bout du compte, il n’y aura qu’un seul maire ? 20 Minutes a posé la question à Rémi Lefebvre, chercheur en sciences politiques à l’université de Lille.

« Une volonté de faire collectif »

« Ce n’est pas neutre que ce soit plutôt des partis de gauche qui proposent cette forme de collégialité, cette volonté de faire collectif, explique Rémi Lefebvre. Les listes citoyennes sont en vogue et les têtes de liste de ces partis ne sont pas du tout connues. Donc c’est plus facile de former un binôme quand il n’y a pas de leadership évident. C’est aussi une manière de se faire connaître en proposant une spécificité. »

LFI entre tout à fait dans cette démarche. « Ce choix d’un binôme pour piloter la campagne a été impulsé par la direction nationale de LFI. Il s’agissait d’éviter de personnifier la campagne pour inciter les citoyens qui ne sont pas du tout militants à s’investir », explique Elodie Cloez, co-cheffe de file à Lille pour la liste baptisée « Décidez pour Lille ».

Avec cette stratégie, LFI a pu attirer une centaine de candidats potentiels pour mener ou participer à cette liste. Car chef de file ne signifie pas forcément tête de liste. C’est ce week-end que cette liste de gauche doit désigner sa tête de liste définitive.

Une marque de fabrique

Chez EELV, en revanche, l’idée du binôme est quasiment une marque de fabrique. « La parité femme homme existe depuis 1984 dans les statuts des Verts. Nous avons deux co-secrétaires régionaux, deux co-porte-paroles nationaux », précise Stéphanie Bocquet co-tête de liste au début de la campagne, avant de soutenir la candidature de son colistier masculin.

« Le système du binôme lors des dernières élections départementales a également installé cette idée de parité dans le paysage politique, souligne Rémi Lefebvre. Cela dit, la parité reste compliquée puisque en France, seulement 16 % des maires sont des femmes. »

Une métropole de Lille très masculine

Et si la parité doit être respectée dans les communes, ce n’est pas le cas dans les communautés de communes, d’agglomérations ou dans les métropoles urbaines qui ne sont pas des collectivités territoriales mais des établissements publics de coopération intercommunale (Epic). Et ça change tout, car rien n’oblige ces instances à une parité.

« C’est à la métropole de Lille qu’il y a urgence à trouver un équilibre femmes-hommes, car l’assemblée et les vice-présidents sont très masculins », regrette l’écologiste Stéphanie Bocquet. D’autant que c’est au sein de ces « collectivités » que se concentrent, de plus en plus, les pouvoirs.

Pourquoi un numéro 1, au fait ?

Cette situation s’explique aussi par le fait que la politique française aime personnaliser les votes et le pouvoir. « C’est vrai que les gens réclament davantage de collectif mais qu’en même temps, ils aiment aussi avoir une personne repère ». Le fameux mythe de l’homme (ou la femme) providentiel (le).

Car l’élection municipale est-elle vouée à demeurer une question de personnalité ? « On serait tout à fait en droit de se poser la question du numéro 1 sur les listes puisque c’est un conseil municipal qu’on élit, et non un maire, remarque Rémi Lefebvre. Mais c’est vrai que les électeurs ont aujourd’hui besoin d’une incarnation. »