Ce dictionnaire en ch'ti « souhaite casser le mépris de classe vis-à-vis de cette langue »

DICTIONNAIRE Benjamin Valliet, professeur des écoles à Lille, vient de publier un dictionnaire humoristique des expressions de la langue picarde

Propos recueillis par Gilles Durand

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Benjamin Valliet, auteur de «Ichi, on parle comme cha».
Benjamin Valliet, auteur de «Ichi, on parle comme cha». — G. Durand / 20 Minutes
  • Benjamin Valliet vient de publier Ichi, on parle comme cha un dictionnaire des expressions de la langue ch’ti.
  • L’auteur s’amuse à décortiquer, avec humour, des expressions en leur donnant une traduction française un peu décalée.

Benjamin Valliet est un artisan pluridisciplinaire, comme ce professeur des écoles aime à se décrire. Musicien sous le nom de Jneb, au sein du groupe nordiste Mascarade, il multiplie aussi les livres. Son quatrième ouvrage édité se nomme Ichi, on parle comme cha (La Voix Editions) et s’amuse à décortiquer, avec humour, des expressions du Nord. On ne dit pas : « Ne restez pas ainsi sur le pas de la porte, veuillez vous donner la peine d’entrer dans mon humble demeure ! ». En bon patois, on dit « Reste pas à l’cour, intre ! ».

Parlez-nous de ce livre.

Il rassemble 300 expressions qui sont de plus en plus inusitées, car la langue se perd. La caractéristique, c’est que le ch’ti est moqueur, mais gentil. A chaque fois, je donne une traduction française dans un langage châtié, un peu décalé. Un peu comme le faisait Dany Boon dans Bienvenue chez les ch’tis. Le livre est divisé en chapitre thématique.

Des thèmes reviennent plus souvent que d’autres…

On s’aperçoit que beaucoup d’expressions tournent autour du « trou d’balle ». C’est une caractéristique du ch’ti. Pour parler d’une personne prétentieuse, on va dire, par exemple, qu'« elle prend son trou de balle pour l’entrée d’une cathédrale ». Il a fallu choisir et trouver une cohérence.

Comment avez-vous procédé ?

Je fais se télescoper deux mondes. Une lutte des classes linguistique, en quelque sorte, dans laquelle je souhaite casser le mépris de classe vis-à-vis de cette langue. L’objectif, c’est de dépoussiérer le bazar pour les jeunes générations. Ce n’est ni pompeux, ni érudit. Ça s’adresse à des gens qui ne sont pas forcément lecteurs. C’est typiquement le bouquin qu’on met dans les toilettes et dans lequel on va piocher.

Qu’est ce qui vous a intéressé dans ce travail ?

Je viens du monde ouvrier. Je ne sais pas où je vais, mais je sais d’où je viens. Il m’est arrivé de travailler avec des jeunes en difficulté et j’adore les cultures souterraines. J’ai des origines ardennaises et quand je suis arrivé dans le Nord à l’âge de 17 ans, j’ai été accueilli à bras ouverts. Je voulais remercier ma patrie d’adoption qui cultive plusieurs valeurs : l’amitié, la famille, le partage, le goût de la fête et de l’effort. Ce livre réunit humour et langue française qui sont, en général, le dénominateur commun de mes ouvrages.

Comment avez-vous travaillé ?

J’ai une formation d’historien. J’avoue avoir utilisé Internet pour retrouver certaines expressions. Mais je suis aussi allé faire le rat de bibliothèque. C’est difficile car il n’y a pas de langue écrite. Le ch’ti rejoint un peu l’argot et parfois, les expressions se ressemblent, notamment avec la référence aux animaux. Il n’y a que le nom de l’animal qui varie. Dans le Nord, on dit, par exemple, « curieux comme eun' maguette », c’est-à-dire une chèvre.