Nord : Cruauté ou maltraitance envers ses animaux domestiques, pourquoi tant de haine ?

SOCIETE Les différents cas de maltraitance constatés dans le Nord depuis quelques mois ne semblent pourtant pas témoigner d’un phénomène en hausse

Gilles Durand

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Un chien dans un refuge après avoir subi de la maltraitance. (Archives)
Un chien dans un refuge après avoir subi de la maltraitance. (Archives) — Fabrice Elsner/20MINUTES
  • Depuis plusieurs mois, les cas de cruauté ou de maltraitance envers des animaux domestiques semblent se multiplier dans le Nord.
  • Un éducateur canin spécialisé dans les troubles du comportement nous explique ce triste phénomène.
  • Selon la Fondation 30 Millions d'amis et la SPA, c’est surtout l’opinion publique qui ne supporte plus ces violences envers les animaux.

Chat passé au micro-ondes, chiens affamés ou vivant dans une insalubrité totale… Depuis plusieurs mois, les cas de cruauté ou de maltraitance envers des animaux domestiques semblent se multiplier dans le Nord. Dernier cas en date, la découverte du cadavre d’un Yorkshire croisé, défenestré, la semaine dernière, au pied d’un immeuble, à Saint-Amand-les Eaux, près de Valenciennes, comme le relate La Voix du Nord.

« Les animaux sont victimes du phénomène de société qui tend à banaliser la violence et à braver les interdits », souligne Jeanne-Marie Binot, directrice de la SPA de Marly qui a porté plainte dans l’affaire du Yorkshire.

« Elle avait peur que son chien soit euthanasié »

« L’animal a été récupéré et autopsié par un vétérinaire de la SPA. Il présentait deux plaies, une de un centimètre et l’autre de quatre, correspondant à des coups de couteau. Il avait été adopté chez nous, il y a dix ans, par la propriétaire », raconte Jeanne-Marie Binot.

Son deuxième chien a été saisi par la justice et placé au refuge de la SPA. « La même propriétaire est venue le réclamer car elle avait peur qu’il soit euthanasié », déplore Jeanne-Marie Binot. En 2019, la SPA de Marly a déposé une dizaine de plaintes pour maltraitance et le refuge multiplie les médiations (une par jour, selon sa directrice) pour éviter d’en arriver à une procédure judiciaire.

Ce phénomène n’étonne guère Bertrand Beuns, éducateur canin nordiste, spécialiste du trouble du comportement. « Ce que je constate au quotidien, c’est que beaucoup de propriétaires sont excédés par certains comportements de leur chien, car la plupart n’ont aucune notion de la façon dont ils doivent se comporter avec l’animal ».

Entre 350 et 400 procédures judiciaires par an

« On voudrait que les chiens soient à notre image et on leur reproche, par exemple, de ne pas obéir. Encore faut-il que l’animal sache ce qu’on lui demande, ajoute-t-il. La clé, ce serait de former les maîtres avant qu’ils ne possèdent des chiens. Je m’aperçois que, souvent, les gens passent plus de temps à engueuler leur chien qu’à prendre du plaisir avec lui. »

Faut-il en conclure que la maltraitance des animaux domestiques atteint des sommets dans la région, ou ailleurs ? Pas pour l’association nationale de la SPA qui, depuis quelques années, lance entre 350 et 400 procédures judiciaires par an. « La différence, c’est qu’avant, on ne parlait pas de maltraitance. Frapper un animal était un acte banal. La justice a réellement considéré qu’il s’agissait d’un délit à partir des années 1990 et le Code civil a ajouté la notion d’être sensible en 2015 », explique son président, Jacques-Charles Fombonne.

« L’opinion publique ne laisse plus rien passer »

« Il faut distinguer les actes de cruauté de la maltraitance, précise Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d'amis. Ce sont ces actes de cruauté qui sont sanctionnés par des peines de plus en plus lourdes. Les magistrats sont de plus en plus sensibilisés et l’opinion publique ne laisse plus rien passer ».

Mais Reha Hutin considère aussi que le nombre d’affaires reste stable ces dernières années. « La Fondation se porte partie civile dans une centaine de procès par an, mais enquête sur un millier de cas de maltraitance signalés, raconte-t-elle. Avec les réseaux sociaux, nous sommes tout de suite alertés. Dans ces cas-là, nous avons une centaine d’enquêteurs qui doivent agir vite, de concert avec les forces de l’ordre. »

Seule note positive, la SPA a enregistré un record historique d’adoptions en 2019 en atteignant quasiment le chiffre de 43.000 en France. « Ce sont des adoptions responsables, précise Jacques-Charles Fombonne. Avec une grosse augmentation du nombre de chats. »