Les indigents aussi ont droit à la dignité

Vincent Vantighem - ©2008 20 minutes

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Sous les frondaisons de quelques arbres, l'espace engazonné fait penser aux cimetières américains. Sur les stèles de marbre, les pancartes portent les noms des indigents. Des personnes sans ressource, sans famille. Parce qu'eux aussi ont « droit à la dignité », le collectif Mémoire-Fraternité s'occupe depuis 2004 de leur dernier voyage. Ce matin, ses membres déposeront des roses sur les tombes du carré des indigents.

« Avant, ils étaient enterrés comme des chiens », se souvient Daniel Maciel, membre de l'association Magdala et du collectif. C'était déjà au cimetière de Lille-Sud, sous un tas de graviers parcouru d'herbes folles. L'inhumation avait lieu avant 8 h du matin dans l'indifférence la plus totale. « L'enterrement et la sépulture sont pourtant les signes de la présence de l'humanité », explique Daniel Maciel.

La réflexion ne date pas d'hier. L'association Magdala a alerté la mairie voilà quinze ans. Et a pris les choses en main. A chaque décès, cinq ou six membres du collectif s'occupent des obsèques. Un petit discours en fonction des éléments recueillis sur le défunt, quelques fleurs : le rituel est immuable et laïc. « Le cimetière du Père-Lachaise lui-même a pris contact avec nous pour en savoir plus sur notre démarche », poursuit Daniel Maciel. Cette année, trente-huit personnes ont été inhumées dans ce carré des indigents. « On en voyait certains dans la rue, conclut Daniel Maciel. On est heureux pour eux. C'est un service rendu à l'humanité. »