Polémique autour d’une pièce de théâtre sur le suicide d’une famille, près de Calais

THEATRE La mise en scène au théâtre d’un fait divers qui a eu lieu dans le Pas-de-Calais est jugée « irresponsable » par les spécialistes de la prévention du suicide

G.D. avec AFP

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Le metteur en scène Milo Rau.
Le metteur en scène Milo Rau. — Boris Horvat / AFP
  • En 2007, un couple de quinquagénaires et ses deux enfants se pendent, sans explication, dans leur maison près de Calais, dans le Pas-de-Calais.
  • Le metteur en scène suisse, Milo Rau, a transposé ce fait divers au théâtre pour faire réfléchir sur le sens de la vie.
  • Certains spécialistes de la prévention du suicide jugent « problématique » et « irresponsable » de mettre en scène ce geste fatal.

Peut-on mettre en scène le suicide ? En 2007, un couple de quinquagénaires et ses deux enfants se pendent, sans explication, dans leur maison près de Calais, dans le Pas-de-Calais. Le metteur en scène suisse, Milo Rau, a transposé ce fait divers au théâtre pour faire réfléchir sur le sens de la vie.

Mais avant même la première, ce week-end, au théâtre de Gand, en Belgique, la pièce, intitulée Familie, a fait grincer des dents chez les spécialistes de la prévention du suicide, certains jugeant « problématique » voire « irresponsable » de mettre en scène ce geste fatal.

Quatre corps suspendus chacun à une corde nouée

De fait, la scène ultime est spectaculaire et dérangeante. Après le dernier dîner familial, pivot de la pièce, celle-ci se clôt sur la vision de quatre corps suspendus chacun à une corde nouée sur la même poutre. Le tabouret a basculé à leurs pieds, dans la véranda de la maison.

La prouesse de Milo Rau est d’avoir réuni pour incarner un tel propos les membres d’une vraie famille, un couple de comédiens flamands Ann Miller et Filip Peeters, et leurs filles Louisa, 15 ans, et Léonce, 14 ans – dont c’est la première expérience au théâtre.

En résumé : une famille banale de la moyenne bourgeoisie, sans problème d’argent ni de maladie, à travers laquelle le metteur en scène peut « interroger largement sur la condition humaine », a expliqué à l’AFP cet adepte d’un théâtre ancré dans le réel.

« Aucune possibilité de s’identifier avec ça ! »

Et face aux critiques sur un risque supposé d’incitation au suicide, Milo Rau se défend, assure qu’il « dé-romantise » le geste. « Ici, on montre le suicide (survenant) à la fin d’une soirée, en toute banalité, il n’y a aucune possibilité de s’identifier avec ça ! », assure-t-il à l’AFP.

Du début à la fin, le spectateur est laissé sans aucune clé pour comprendre ce quadruple suicide visiblement concerté. En cela, la pièce se conforme strictement au fait divers qui avait défrayé la chronique en France en septembre 2007.

Dans la maison de Coulogne près de Calais (nord de la France) où les quatre membres de la famille Demeester s’étaient pendus, les enquêteurs n’ont retrouvé aucun élément permettant d’éclaircir le mobile et aucun des corps ne présentait de trace de violences.

Bien s’occuper du chien

« On a trop déconné, pardon » : ces seuls cinq mots avaient été laissés en guise de justification, jetés sur un papier par une main anonyme, sans doute celle de la mère de famille. Avec en sus quelques consignes pour bien s’occuper du chien.

Les quatre cercueils ont été enterrés ensemble dans le petit cimetière d’une commune voisine et la maison « vendue à un pompier pour 125.000 euros », raconte la pièce dans son épilogue. La justice française a fini par clore l’enquête et le dossier est conservé aux archives régionales, selon une source judiciaire.

Outre le théâtre national de Gand, dont Milo Rau est le directeur, Familie voyagera également en France, à Nanterre, en région parisienne, en octobre 2020, et vraisemblablement à Douai, dans le Nord et Albi, dans le Tarn, début 2021.