Roubaix : Faute d’infirmières, l’hôpital n’ouvrira pas son unité d’hiver

RH Les personnels non-médicaux manquent pour couvrir tous les besoins de l’hôpital nordiste

20 Minutes avec AFP

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Un hôpital en grève. (illustration)
Un hôpital en grève. (illustration) — FRED TANNEAU / AFP

Confronté à des difficultés dans le recrutement d’infirmiers, l’hôpital de Roubaix, dans le Nord, n’ouvrira pas son unité hivernale au 1er janvier. Ce coup dur est symptomatique des conditions de travail difficiles et du manque d’attractivité de la fonction publique hospitalière.

L’unité représente 12 lits supplémentaires destinés à « répondre aux hospitalisations en surnombre aux urgences pendant l’hiver », explique Maxime Morin, directeur de l’établissement qui emploie 2.900 agents (équivalent temps plein). « C’est indispensable. Si on ne fait pas ça, on va tendre la situation dans les services ».

Mais, pour la faire fonctionner sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l’hôpital a besoin, entre autres, de six infirmiers, des postes qu’il n’arrive pas à pourvoir, même en retardant l’ouverture de l’unité de plusieurs semaines : en 2018, elle avait pu commencer à fonctionner début décembre. « Ce qui nous empêche d’avoir tous nos postes remplis, c’est l’absentéisme : cela nous oblige à remplacer d’abord là où il y a des trous. Du coup, les gens qu’on embauche ne sont pas disponibles pour les postes vacants ou l’unité hivernale », souligne Maxime Morin.

10 % d’effectifs manquants tous les jours

De fait, à Roubaix, il manque chaque jour plus de 10 % des effectifs du personnel non médical (PNM : infirmiers, aides soignants…), soit une moyenne de 37,9 jours d’absence par agent en 2018, selon les chiffres d’HospiDiag. Une situation liée à un quotidien professionnel « épuisant », estime une infirmière du service des urgences, qui souhaite rester anonyme. « Il y a des jours où on n’a pas le temps d’aller aux toilettes, certains n’osent même pas boire un verre d’eau. C’est beaucoup de soins à la chaîne, c’est l’usine… »

D’un côté donc, un fort absentéisme, et de l’autre, des difficultés à recruter. L’hôpital de Roubaix dispose pourtant dans ses murs d’un Institut de formation en soins infirmiers (IFSI), dont 80 étudiants sont sortis diplômés en juillet et 40 en décembre, mais peine de plus en plus à les attirer. Parmi les facteurs qui pèsent dans le choix des jeunes diplômés, « le salaire joue beaucoup, c’est ce qui les attire vers les pays étrangers », comme la Suisse ou la Belgique, et vers le secteur libéral, explique Alain Messien, directeur de l’IFSI.

Instabilité des horaires

A la rémunération s’ajoutent aussi d’autres éléments selon lui : « Les conditions de travail et l’instabilité des horaires ». Face à l’absentéisme, l’hôpital public rappelle souvent son personnel sur ses heures de repos, quand le secteur privé, lui, « fait appel à des personnels intérimaires », plus chers et moins productifs, pour garantir les emplois du temps des titulaires.

Les effectifs en poste, eux, tirent la langue. Selon le dernier bilan social, le stock d’heures supplémentaires non récupérées et non payées s’élevait à 112.287 fin 2018. « Les gens ont l’impression de travailler gratuitement », estime un infirmier anesthésiste. « Le système tient parce qu’il y a beaucoup d'"anciens" qui sont venus à l’hôpital avec l’idée de dévouement, mais la nouvelle génération ne veut plus de tout ça. Et avec les départs en retraite, on va avoir de gros problèmes ».