Lille : La réalité virtuelle s’invite au bloc opératoire pour distraire les patients

INNOVATION Ce nouvel outil a été adopté par la clinique Lille Sud afin de réduire l’anxiété des patients liée à une opération

Mikaël Libert

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Une patiente du Dr Roué en pleine immersion.
Une patiente du Dr Roué en pleine immersion. — Clinique Lille Sud
  • Des casques de réalité virtuelle sont utilisés à la clinique Lille Sud. Le dispositif permet de diminuer l’anxiété des patients subissant une opération.
  • Les vidéos projetées combinent hypnose et musicothérapie.

Dissocier le corps et l’esprit. Après une période de test de plusieurs mois, la clinique Lille Sud, du groupe Ramsay Santé, a définitivement adopté un système innovant pour réduire l’anxiété des patients subissant une opération chirurgicale :  la réalité virtuelle. Le dispositif combine musicothérapie et hypnose.

La réalité virtuelle, tout le monde connaît désormais. Largement développe pour les jeux vidéo, elle est aussi utilisée par les agences immobilières ou pour former les mécaniciens embarqués dans les sous-marins nucléaires. Cédric Roué, médecin anesthésiste libéral travaillant à la clinique Lille Sud, a eu l’idée d’adapter le principe aux opérations chirurgicales comme cela se fait déjà dans d’autres hôpitaux en France. « Pour la plupart des patients, le bloc opératoire est un environnement anxiogène. L’idée est donc de distraire la personne de tout ce qui se passe autour d’elle », explique le médecin.

Des « séquences hypnotiques » très travaillées

Le problème ne se pose pas sous anesthésie générale, sauf que la plupart des opérations ne nécessitent plus d’endormir complètement le patient. « Lors d’une intervention avec une anesthésie loco-régionale, la personne perçoit tout ce qu’il se passe, y compris les paroles des médecins et certains bruits parfois très désagréables », poursuit l’anesthésiste. Alors rien de tel qu’envoyer l’esprit se balader en forêt, dans la montagne enneigée ou sur la plage pour le distraire de la réalité non virtuelle.

Pour autant, il ne s’agit pas simplement de projeter dans le casque de belles images. « C’est un environnement très travaillé avec une musique douce, une fluidité de parole. Il y a même des images, comme des ballons qui se gonflent par exemple, pour se caler sur la fréquence respiratoire du patient et permettre de baisser son rythme cardiaque », détaille le Dr Roué. Ces « séquences hypnotiques » sont ainsi développées spécifiquement pour ce type d’utilisation.

Pour que cela fonctionne et que le stress du patient diminue, les vidéos doivent respecter trois maîtres mots : immersion, imagination et distraction. « Nous avons un retour d’expérience sur 130 patients. On passe d’un niveau d’anxiété compris entre 5 et 6 [sur 10] sans le casque à un niveau entre 2 et 3 avec le casque », assure le médecin.

Avant cette solution, pour agir sur le stress des patients, il n’y avait pas mille méthodes. Pour les opérations de chirurgie relativement longues, il est possible d’utiliser l’hypnose. Mais dans le cadre d’interventions rapides, cela ne fonctionne pas, le patient n’ayant pas le temps d’entrer en transe hypnotique. « Il restait la sédation médicamenteuse, mais l’avantage de la réalité virtuelle, c’est justement de faire baisser la consommation de médicaments », ajoute le Dr Roué.