Nord-Pas-de-Calais : La moitié des oiseaux nicheurs menacée de disparition

BIODIVERSITÉ En parallèle à la sortie de son dernier atlas, le Groupe ornithologique et naturaliste dresse un constat alarmant

Mikaël Libert

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Le tarier des près a disparu du Nord-Pas-de-Calais.
Le tarier des près a disparu du Nord-Pas-de-Calais. — D.Huyghe / GON
  • Le Groupe ornithologique et naturaliste publie un atlas des « Oiseaux nicheurs du Nord-Pas-de-Calais ».
  • L’ouvrage contient une liste rouge indiquant que la moitié des espèces régionales sont menacées.
  • Deux espèces typiques ont d’ores et déjà disparu au cours des dernières années.

Quand les oiseaux désertent nos campagnes. Le Groupe ornithologique et naturaliste (GON) vient de publier un ouvrage intitulé Les oiseaux nicheurs du Nord-Pas-de-Calais (Ed. Biotope). Cet atlas de plus de 500 pages compile des centaines de milliers de données sur les 176 espèces d’oiseaux typiques de l’ancienne région. Un beau livre qui dévoile néanmoins une réalité beaucoup moins réjouissante : la moitié de ces espèces sont menacées.

Il y a quelques mois, le conservatoire botanique de Bailleul avait diffusé la liste rouge de la flore régionale menacée de disparition. Le principe est le même ici avec la faune et le bilan n’est guère plus reluisant. « Cet atlas est un état des lieux des connaissances liées aux oiseaux nicheurs, le dernier en date remontant à 1996 », explique Rudy Pischiutta, directeur du GON Nord-Pas-de-Calais. Cet ouvrage, aboutissement d’un travail mené par de nombreuses personnes entre 2009 et 2015, contient lui aussi une liste rouge : « 44 % des 176 espèces répertoriées sont menacées à plus ou moins long terme dont 11 % sont en danger critique d’extinction », insiste l’ornithologue. Rien que sur la période d’étude, la Pie-grièche grise et le Tarier des prés ont disparu.

La protection des espèces fonctionne quand elle existe

Ce sont les espèces dites « communes » qui ont beaucoup décliné ces dernières années, « particulièrement celles que l’on trouvait dans les milieux agricoles comme l’alouette des champs », constate Rudy Pischiutta. Pour autant, le directeur du GON ne stigmatise personne en particulier : « Il n’y a jamais une seule raison. Certes l’intensification de l’activité agricole y est pour beaucoup mais il y a aussi le facteur de pression humaine comme l’artificialisation des campagnes. Le réchauffement climatique menace aussi les espèces dites à affinité septentrionale ».

Protégée, la population de cigognes blanches est en augmentation.
Protégée, la population de cigognes blanches est en augmentation. - B.Boulangé / GON

A l’inverse, le GON remarque que les espèces protégées se portent plutôt bien. Ainsi, la population de cigognes blanches croît à l’instar des rapaces et des hérons. « Quand il y a des actions de protection, on voit tout de suite que ça fonctionne. Mais la logique de protection est basée sur des besoins humains plutôt que sur les besoins de la nature », déplore-t-il. La tourterelle de bois, par exemple, est toujours considérée comme gibier et peut être chassée alors que sa population a diminué de 70 % en 20 ans. Même constat pour la perdrix grise.

La situation est-elle désespérée ? Le directeur du GON n’est pas si pessimiste : « La région part de loin et, avec seulement 1 % de son territoire protégé, elle est au pied du mur. En revanche, on constate une évolution des consciences et il est relativement facile de se faire entendre par les agriculteurs ou les autorités », reconnaît Rudy Pischiutta. Avec un peu de bonne volonté, il restera peut-être quelques oiseaux dans le ciel du Nord-Pas-de-Calais dans dix ans, pour le prochain atlas.