Nord : Y’a-t-il une augmentation des recours contre les nuisances de l’agriculture ?

SOCIETE La condamnation d’une éleveuse près de Douai inquiète les exploitants locaux

Mikaël Libert

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Des agriculteurs travaillent dans un champ (illustration).
Des agriculteurs travaillent dans un champ (illustration). — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • Une agricultrice du Nord a été condamnée à cause du bruit et de l’odeur de ses porcs.
  • Elle a dû déplacer sa porcherie et doit en plus payer une astreinte de 60.000 euros.
  • Les agriculteurs locaux craignent une augmentation de ce type de procédures.

Une certaine idée de la campagne. Des coqs qui chantent, des tracteurs qui font du bruit et des cochons qui sentent mauvais. Les agriculteurs du Nord en ont assez que les voisins de leurs exploitations s’offusquent des nuisances indissociables de leurs activités. Si cela va rarement au-delà de simples coups de gueule, les exploitants craignent une augmentation des procédures judiciaires. Une expérience dramatique vécue par une agricultrice d’Aniche, près de Douai, dans le Nord.

Samedi, quelques dizaines d’agriculteurs au volant de leurs tracteurs ont manifesté pour soutenir la famille Delval, propriétaire d’une petite exploitation porcine et bovine à Aniche. Nathalie Delval, 37 ans, qui a repris l’exploitation familiale, a été attaquée en justice par les propriétaires d’un terrain jouxtant sa ferme en raison du bruit et de l’odeur générés par son élevage de cochons. Un comble pour l’agricultrice, la porcherie étant installé à cet endroit depuis 1950. « C’était un magasin de matériaux sur ce terrain avant, et nous n’avons jamais eu de souci. Mais la propriétaire souhaite le vendre à des promoteurs, sans doute pour construire des logements, ce qui était impossible à cause de la proximité de la porcherie », explique Nathalie Delval.

Une condamnation qui met en péril l’activité de l’exploitante

Au bout de la procédure judiciaire, l’agricultrice a perdu et doit même verser une somme de près de 60.000 euros, correspondant aux astreintes journalières pour faire cesser les nuisances. « La porcherie a été déplacée dans un nouveau bâtiment qui nous a coûté 100.000 euros mais on nous réclame toujours cette astreinte quitte à mettre en péril notre activité », déplore-t-elle. « D’autant que son terrain n’est toujours pas constructible puisqu’il reste l’étable avec les bovins à moins de 50m », insiste Jean-Luc Gras, président de l’union agricole de Douai. Ce dernier craint d’ailleurs que la propriétaire du terrain entame une seconde procédure pour se débarrasser des vaches : « Cette fois-ci, nous ne laissons pas faire et le syndicat sera auprès de l’exploitante », promet-il.

Des litiges de ce type, il n’en existe pas encore légion. Pour autant, les agriculteurs sentent le vent tourner. « J’ai le sentiment que les gens sont moins tolérants. Il y a par exemple de plus en plus de personnes qui râlent parce qu’on salit les routes avec les tracteurs », assure Gautier Meausoone, membre de l’union agricole d’Avesnes. « Il y a des cas qui émergent. Des agriculteurs qui s’entendaient avec leurs voisins et qui voient leur relation dégénérer pour des motifs inhérents à notre métier comme une augmentation saisonnière de l’activité », ajoute Jean-Luc Gras.

Tous reconnaissent que l’agriculture génère des nuisances, « mais ce n’est pas nouveau, le souci, ce sont les citadins qui s’expatrient à la campagne et qui n’en supportent pas les inconvénients », déplore le président de l’union agricole de Douai. « Chaque semaine, nous recevons des agriculteurs qui sont confrontés à des problèmes avec leurs voisins. Cela va du riverain qui se plaint du bruit du tracteur aux différents collectifs qui se montent pour empêcher l’installation ou le développement de l’activité », assure Claire Petitprez de la FDSEA 59. « Imaginez, on en arrive à des personnes qui râlent contre un coq qui chante. Il faudrait un peu plus de tolérance », insiste Jean-Luc Gras.