Lille : Comment en finir avec le harcèlement sexiste et sexuel dans les transports en commun ?

SOCIÉTÉ Ilévia propose des solutions pour tenter d’endiguer le phénomène du harcèlement des femmes sur son réseau

Mikaël Libert

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Une borne d'appel à l'aide dans le métro à Lille.
Une borne d'appel à l'aide dans le métro à Lille. — M.Libert / 20 Minutes

« Vous êtes charmante mademoiselle. » Le gouvernement présentait, ce lundi, les résultats du grenelle sur les violences conjugales. Et si les femmes ne sont pas toujours en sécurité au sein de leur propre foyer, elles ne le sont pas non plus dans la rue ou dans les transports en commun. Ilévia, le gestionnaire des transports de la Métropole européenne de Lille (MEL), tente de lutter contre le harcèlement sexiste et sexuel sur son réseau.

Au cours des neuf derniers mois, ce ne sont pas moins de 154 cas déclarés de harcèlement sexiste ou sexuel qui ont été recensés par les agents Ilévia. « C’est beaucoup, même s’il faut tout de même relativiser ce chiffre par rapport aux 750.000 déplacements quotidiens », reconnaît Gilles Fargier, le directeur général (DG) d’Ilévia. D’autant qu’il est impossible de savoir combien de cas n’ont pas été déclarés. « C’est aussi pour cette raison que nous formons notre personnel, afin que les agents soient en mesure d’identifier les attitudes qui peuvent sembler banales mais qui ne le sont pas », poursuit-il.

« J’ai du caractère alors je les envoie bouler »

« Le coup du ''t’es charmante'', ça m’arrive souvent », assure Emilie, une jeune utilisatrice des transports lillois. « J’ai du caractère alors je les envoie bouler et, généralement, ça marche », explique-t-elle. « Les réflexions ne sont pas toujours désagréables, ça dépend de la façon de faire », affirme Léa, une autre voyageuse. « Pour couper court, je souris et je m’en vais », glisse la jeune femme.

Mais parfois, cela ne suffit pas. « Dans le cadre de la sensibilisation contre le harcèlement, nous pouvons par exemple expliquer des méthodes d’évitement aux femmes. Changer de place, changer de rame ou engager la discussion avec quelqu’un d’autre », détaille un agent Ilévia qui a suivi la formation. Les employés d’Ilévia apprennent aussi à accueillir la victime, à la soutenir et à la guider dans les démarches à entreprendre comme déposer plainte. « C’est primordial car les agents sont souvent les premiers témoins et les premiers intervenants dans ces cas-là », insiste Gilles Fargier.

« Marches exploratoires » et « descente à la demande »

Ilévia a aussi instauré des « marches exploratoires » organisées avec des voyageuses. Il s’agit de parcourir certaines stations du réseau pour déterminer ce qui peut être à l’origine d’un sentiment d’insécurité. « Grâce à cela, nous nous sommes rendu compte que les victimes de harcèlement ignoraient qu’elles pouvaient utiliser les bornes d’urgence pour demander de l’aide », déplore le DG.

Nos deux voyageuses reconnaissent se faire accoster plus souvent dans la rue que dans les transports. « C’est aussi pour cela que nous allons étendre le principe d’arrêt à la demande sur les lignes de bus à partir de 22 heures », annonce Gilles Fargier. Si seules les lignes 10, 12 et 14 sont concernées actuellement, Ilévia entend généraliser le dispositif à l’ensemble du réseau de bus.