Pas-de-Calais : Tropicalia est-elle une bonne idée ou un non-sens écologique ?

ENVIRONNEMENT Une immense serre tropicale doit être construite d’ici à 2022 sur la Côte d’Opale

Mikaël Libert

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Vue d'architecte du projet Tropicalia.
Vue d'architecte du projet Tropicalia. — Tropicalia
  • La plus grande serre tropicale du monde sera implantée dans le Pas-de-Calais.
  • Une vingtaine d’associations dénoncent le « non-sens absolu » du projet.
  • Tropicalia juge de son côté que les attaques de ses détracteurs sont infondées.

Tropiques de la discorde. Début novembre, une vingtaine d’associations ont publié un communiqué pour dénoncer le projet d'implantation de Tropicalia, une immense serre tropicale près de Berck-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais. Les porteurs du projet répondent point par point à leurs détracteurs.

D’ici deux ans, un petit bout d’Amazonie sera greffé à Rang-du-Fliers, une petite commune située sur la Côte d’Opale. Ce projet privé, dévoilé début 2018, comprend une gigantesque serre de 20.000 m2 en forme de dôme dans laquelle le public pourra découvrir, notamment, une forêt tropicale peuplée d’espèces spécifiques à cet écosystème. La température sous le dôme sera maintenue constamment à au moins 26°. « C’est un non-sens absolu », estiment les signataires du communiqué, parmi lesquels on trouve des défenseurs des animaux (L214, LPO), la Confédération paysanne et beaucoup de défenseurs de l’environnement.

Artificialisation des terres

Le premier reproche étant l’artificialisation de 9 hectares de terres agricoles. « C’est une des causes principales de la perte de notre biodiversité, inutile d’en rajouter au profit de quelques-uns », déplorent les associations. Un constat relevé par ailleurs dans une étude publiée par la DREAL en septembre mais qui pointait plutôt les constructions de logements. « De toute façon, nous nous implantons sur une ZAC et non sur des terres agricoles. Nous allons végétaliser un endroit sur lequel il y aurait pu y avoir des entrepôts de construits », argumente Nicolas Fourcroy, un des actionnaires de Tropicalia.

Il y a ensuite la question du chauffage de la serre : « Maintenir en permanence un immense volume à 28° dans le nord de la France est une aberration, quelles que soient les prouesses techniques », affirment les détracteurs. « La conception du bâtiment nous permet non seulement d’être autonomes en énergie, mais nous en produirons davantage que nécessaire pour nos besoins, explique Nicolas Fourcroy. Le surplus de chaleur pourra être exporté pour alimenter, par exemple, une clinique proche du site. »

Laisser les tropiques sous les tropiques

Enfin, à l’instar des anti zoos ou parcs comme Nausicaa, les associations s’interrogent sur l’intérêt « d’exposer hors de leurs milieux naturels des animaux et des végétaux exotiques ». Une problématique plutôt d’ordre moral à laquelle Tropicalia oppose l’argument de la science : « Il y a le côté de protection de certaines espèces fragiles ou menacées. Mais nous allons aussi mener des projets de recherche et d’éducation, pour les écoles. Et puis, écologiquement parlant, n’est-il pas plus vertueux de découvrir les tropiques près de chez soi plutôt que de prendre un avion pour se rendre sur place ? », lance le porteur de projet. Pas sûr qu’à défaut de Tropicalia, les 500.000 visiteurs annuels espérés décident de tous s’envoler vers l’Amazonie.