Expo: Comment une crise d'appendicite a changé le destin d'Henri Matisse

CULTURE Le musée Matisse du Cateau-Cambrésis organise une exposition du 9 novembre au 9 février qui raconte comment le célèbre peintre a mis du temps à trouver sa voie

Francois Launay

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Cet autoportrait d'Henri Matisse a été réalisé en 1906
Cet autoportrait d'Henri Matisse a été réalisé en 1906 — F.Launay/20 Minutes
  • A l'occasion des 150 ans de sa naissance, une grande exposition est consacrée à Henri Matisse au musée du Cateau-Cambrésis, sa ville natale.
  • A travers 250 œuvres de l’artiste et à des tableaux prestigieux de Picasso, Gauguin ou encore Goya, on découvre comment celui qui se destinait à devenir clerc de notaire a découvert sa vocation à l’âge de vingt ans.

A quoi tient le destin d’un des plus grands artistes français du XXe siècle ? Sans doute à une banale crise d’appendicite. A l’occasion des 150 ans de la naissance d'Henri Matisse, le musée éponyme du Cateau-Cambrésis, sa ville natale, lui consacre une exposition exceptionnelle (du 9 novembre au 9 février) appelée «Devenir Matisse».

A travers 250 œuvres de l’artiste (dessins, pentures, sculptures) et des tableaux célèbres de Goya, Gauguin ou encore Picasso venus des quatre coins du monde, on découvre les premières années de l’artiste nordiste. Et on y apprend que c’est grâce à la maladie que le jeune homme de 20 ans va trouver sa vocation.

Le futur clerc de notaire ne s’intéresse pas aux musées parisiens

A l’époque, Matisse se destine à devenir clerc de notaire. Fils de grainetiers de Bohain (Nord), il ne peut reprendre l’affaire familiale car il est trop fragile physiquement pour tirer des charrettes remplies de sacs de graines. Le futur peintre se décide alors à faire des études de droit pour devenir clerc de notaire. Il passe un an comme étudiant à Paris sans visiter un seul musée, preuve de son désintérêt pour l’art. Jusqu’au jour où son ventre lui joue des tours.

« Une crise d’appendicite le bloque dans son lit plusieurs semaines. Et c’est là qu’il a la révélation. Son voisin a une boîte de peinture, il trouve ça très bien et il en veut une aussi. Sa mère veut bien lui en acheter mais son père refuse. En 1890, la peinture n’est pas considérée comme une occupation pour un jeune homme de la campagne », raconte Patrice Deparpe, directeur du musée Matisse du Cateau.

Son voisin lui fait découvrir la peinture pendant sa convalescence

Mais comme le raconte Matisse dans les mémoires qu’il a laissé au musée, il finit par convaincre sa mère. « Ma mère prit sur elle de m’acheter une boîte à couleurs (…). A partir du moment où j’avais cette boîte de couleurs dans les mains, j’ai senti que c’était là qu’était ma vie », racontait le peintre en 1952, deux ans avant sa mort.

Sauf que ce changement brutal de vocation ne sera pas synonyme de réussite immédiate. Au début, il peint des natures mortes. Clin d’œil de l’histoire, son premier tableau représente même ses livres de droit. Mais Matisse galère au point de tout remettre en question au bout de dix ans d’échecs. Marié et père de trois enfants, il peine à joindre les deux bouts et s’apprête à reprendre un boulot plus classique.

Dix ans de grosse galère avant de percer

« En 1903, à 33 ans, il est au fond du trou. Il est prêt à arrêter la peinture et à aller travailler dans une usine textile. Il va alors se promener au musée des Beaux-Arts de Lille avec son père et tombe sur les tableaux de Goya. Il se dit alors que "si un artiste est capable d’inventer ce nouveau type de langage, je dois pouvoir faire la même chose". Ça le conforte dans sa volonté de devenir artiste et il décide de rester peintre. Au fond du trou, il réussit à rebondir », poursuit Patrice Deparpe.

Quelques mois plus tard, Matisse fait une visite qui va changer sa vie. Sensibilisé à l’art décoratif depuis toujours via une longue lignée familiale de tisserands, Matisse découvre Saint-Tropez et la lumière du Sud en 1904. La couleur pure guidera son art désormais. Un an plus tard, au salon d’automne de Paris, ses tableaux et ceux d’autres peintres de sa lignée, où les couleurs sont posées en aplat sur les toiles, font scandale. Un critique d’art s’exclame même « C’est Donatello chez les fauves ! ». Le fauvisme est né. Matisse en deviendra le chef de file et ne galérera plus jamais de sa vie. Tout ça grâce à une simple crise d’appendicite…