Lille : Mais qu’est-ce qui pousse à devenir agent de footballeur (à part l’argent) ?

COULISSES « 20 Minutes » est allé à la rencontre de cinq passionnés de football qui souhaitent devenir agent de joueurs

Gilles Durand

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Un cours délivré dans le cadre de l'Ecole d'agent de joueur de football, au domaine de Luchin, dans le Nord.
Un cours délivré dans le cadre de l'Ecole d'agent de joueur de football, au domaine de Luchin, dans le Nord. — G. Durand /20 Minutes
  • Depuis dix ans, l’Ecole des agents de joueur de football forme des étudiants à ce métier.
  • Pendant trois semaines, cinq étudiants suivent des cours au domaine de Luchin, propriété du Losc.
  • 20 Minutes a cherché à connaître leur motivation.

Ils ont entre 20 et 30 ans. Leur rêve : devenir agent de footballeur. Un métier qui traîne parfois une réputation sulfureuse. En 2005, le foot français avait ainsi connu son scandale des transferts avec des affaires de malversations et des peines de prison à la clé.

Pourtant, c’est avant tout la passion du sport qui anime ces cinq étudiants nordistes et belge de l’Ecole des agents de joueur de football (EAJF), un centre de formation privé ouvert il y a dix ans.

20 Minutes les a rencontrés au domaine de Luchin, dans le Nord, fief du Losc. Mais attention, aucun lien entre l’EAJF et le club de foot, indépendance oblige, comme tient à le préciser la direction commerciale du Losc : « Cette formation, c’est simplement une prestation pour nous ».

Un séminaire au SCO Angers

Pourtant, des contacts peuvent quand même se nouer avec certains clubs, comme l’explique Sidney Broutinovski, fondateur et président l’EAJF : « Prochainement, les étudiants vont suivre un séminaire dans un club pro, en l’occurrence les SCO Angers, pour découvrir, de l’intérieur, comment fonctionne un club ».

Un petit plus dans la formation car c’est avant tout autour des connaissances juridiques et sociales que s’opère la sélection aux deux examens organisés par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) et la fédération française de football (FFF). Chaque année, ils ne sont qu’une quinzaine à décrocher le Graal pour environ 600 candidats.

« Un métier qui se démocratise »

« C’est un métier qui se démocratise, souligne Sidney Broutinovski. On veut souvent faire passer l’agent pour un homme de l’ombre sans scrupule. Or, il a toujours été indispensable. C’est un des maillons essentiels au bon déroulement de certaines opérations financières, que ce soit pour les contrats et les transferts. Il est rémunéré au même titre qu’un avocat ou un autre conseiller, pour une prestation fournie. »

Un professionnel comme un autre, quoi ! Voilà pourquoi, pendant trois semaines, les nombreuses heures de cours, sur la Sécurité sociale, les régimes de retraites ou les conventions collectives, s’enchaînent pour les étudiants. « On travaille à base de QCM car c’est ce qu’on leur demande à l’examen », précise Marie Delautre, avocate et formatrice sur les multiples subtilités de l’assurance maladie.

Certains ont déjà fait du droit, comme Emilien. « C’est important de connaître à fond les réglementations car l’agent a aussi un rôle de conseiller, notamment pour la retraite. Etre passionné de foot, c’est bien, mais ça ne suffit pas pour devenir agent », assure-t-il.

« En Belgique, tout le monde est un peu agent »

Kevin, pour sa part, a suivi une autre formation. Titulaire d’un master en activité physique adaptée, il a déjà travaillé avec des sportifs de haut niveau lorsqu’ils étaient en convalescence. « Je les voyais dans les moments difficiles liés aux blessures, raconte-t-il. Et souvent, quand ils sont en bas, on les laisse en bas. Ce qui m’intéresse dans ce métier d’agent, c’est la gestion de carrière. Autant les hauts que les bas. »

Venu de Bruxelles, Matéo possède un profil encore différent. Lui a déjà travaillé comme agent pour certains footballeurs belges. « En Belgique, on n’a pas besoin de licence pour bosser. D’ailleurs, il y a des abus. Tout le monde est un peu agent », avoue-t-il. La licence doit lui permettre d’acquérir une légitimité.

Se forger un carnet d’adresses

« Ça rassure aussi les parents des joueurs mineurs quand on présente une carte officielle, renchérit Emilien. Même s’il faut attendre les 18 ans du footballeur pour commencer à toucher une commission ». Car ce sont vers les jeunes talents que doivent s’orienter d’emblée les jeunes agents. « En espérant trouver la pépite, glisse Sidney Broutinovski. Car au début, il faut surtout se forger un carnet d’adresses. »

Le premier examen a lieu le 18 novembre. Le second, en mars ou avril. Pour les cinq candidats lillois de l’EAJF, ce sera peut-être une nouvelle vie qui va commencer après.