Bruges-PSG: Comment un coup du foulard filmé a changé la carrière de Thomas Meunier

FOOTBALL Le défenseur du PSG se déplace mardi en Ligue des champions à Bruges, son ancien club qui l'avait repéré grâce à une vidéo postée sur Youtube

Francois Launay

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Thomas Meunier s'est révélé sous le maillot du ClubBruges
Thomas Meunier s'est révélé sous le maillot du ClubBruges — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA
  • Joueur du Club Bruges de 2011 à 2016, Thomas Meunier retrouve son ancien club mardi soir en Ligue des champions.
  • Le défenseur avait été repéré par le club belge grâce à un geste technique diffusé en boucle sur Youtube.

Il n’a jamais été influenceur, ni fait de stand-up et encore moins développé des chaînes sur un thème particulier. Pourtant, Thomas Meunier doit en partie sa carrière à Youtube. Au moment de retrouver ce mardi en Ligue des champions le Club Bruges où il a passé cinq saisons, le joueur du PSG se rappellera sans doute que son destin a basculé en 2010 grâce à un coup du foulard filmé et diffusé en boucle sur la plateforme de vidéos.

A cette époque, Thomas Meunier est un footballeur amateur de 19 ans qui joue au Royal Excelsior Virton, club de D3 belge située dans la province du Luxembourg. Après avoir été recalé du centre de formation du Standard de Liège trois ans plus tôt, le joueur tente alors de se relancer à 60 kilomètres de chez lui.

Postier le jour, footballeur le soir

« Son échec au Standard a été un coup assez difficile à surmonter. Au point que c’est sa mère qui m’avait appelé pour me demander si Thomas pouvait venir faire un test », raconte Samuel Petit, responsable technique de la formation des jeunes à Virton. Rapidement surclassé chez les jeunes, le joueur connaît des débuts difficiles en équipe première.

Postier puis employé dans une usine automobile le jour, Meunier, qui évolue alors au poste d’attaquant, ne s’entraîne que le soir avec ses coéquipiers tous amateurs. Responsable des sports au journal belge l’Avenir du Luxembourg, Daniel Jonette se souvient de cette période.

Un coup de génie qui fait le tour des télés belges

« En début de saison 2009-2010, il a accumulé pas mal de pépins physiques au point que le manager de l’époque voulait s’en séparer. En décembre 2009, Thomas a même été proposé au club de Givry qui jouait à l’époque en 4e division belge. Finalement, il est resté à Virton et a explosé peu de temps après. Il a commencé à devenir titulaire et à marquer but sur but au poste d’attaquant », se remémore le journaliste.

Lancé sur les mêmes bases en début de saison 2010-2011, le joueur commence à attirer l’œil des recruteurs des meilleurs clubs du pays. Jusqu’à ce 3 octobre 2010. Ce dimanche d’automne, Virton se déplace sur la pelouse du RFC Liège pour le compte de la 8e journée de Division 3. Le club de Meunier mène déjà 0-3 quand arrive l’action qui va faire basculer la carrière du joueur. Pour inscrire le quatrième but de son équipe, l’attaquant reprend un ballon d’un somptueux coup du foulard. Et là, la machine s’emballe.

« La vidéo a fait son effet »

« J’étais à ce match-là et j’étais assez loin du but. Je n’ai pas bien vu sur le coup mais je me souviens avoir vu trois de ses coéquipiers se prendre la tête entre les mains au moment du but avec l’air de dire "Mais qu’est ce qu’il a encore fait !". Ce but a fait beaucoup pour sa notoriété en Belgique », assure Daniel Jonette. Filmé, le but se retrouve sur YouTube et fait rapidement le tour de toutes les télés du pays. Le buzz est énorme et a clairement servi les intérêts du joueur comme le reconnaît Vincent Olimar, conseiller économique et ami du joueur.

« Le Sud du pays est un peu le parent pauvre de la Belgique. On est à côté du Luxembourg mais il n’y a pas de grande ville et pas de grand club de foot. Du coup, peu de monde allait voir ce qu’il s’y passait et c’était donc difficile de sortir de Virton. Avec ce coup du foulard, tout le monde s’est dit qu’il y avait un gars un peu particulier là-bas. Ça a certainement déclenché quelque chose. Même si certains clubs étaient déjà venus le voir avant, la vidéo a fait son effet ».

Une ascension express avec le Club Bruges

D’ailleurs, à peine quelques semaines après son geste technique, Thomas Meunier s’engage avec le Club Bruges, l’une des plus grandes équipes du pays. Il y passera cinq ans, y remportera un titre de champion et une coupe de Belgique et surtout, il fera taire encore une fois les sceptiques. « Beaucoup de monde disait qu’il avait vu trop haut et que ça allait être difficile pour lui. Personne ne doutait qu’il pouvait jouer en D1 mais Bruges c’est quand même le top du foot belge. On pensait qu’il lui faudrait du temps pour s’adapter et finalement il est arrivé à Bruges et s’y est imposé tout de suite comme titulaire », reconnaît Daniel Jonette.

Replacé à la surprise au poste de latéral droit par l’entraîneur espagnol Juan Carlos Garrido, Meunier va littéralement exploser. Devenu rapidement international sous le maillot des Diables Rouges, le Wallon va réussir à conquérir le cœur des supporters flamands.

Le Wallon devenu coqueluche des supporters flamands

« C’est devenu une coqueluche car il collait vraiment à l’image que véhicule le club de Bruges à savoir une image de battant. Il a laissé une très belle trace dans l’histoire du club et a eu une évolution vraiment fulgurante », se réjouit Stéphane Labye, trésorier de la Wallonia Bruges Army, seul groupe de supporters wallons de ce club si flamand.

En revenant ce mardi pour la première fois au stade Jan Breydel depuis son départ à Paris en 2016, Thomas Meunier aura de quoi mesurer le chemin parcouru. L’accueil sera chaleureux pour un joueur qui vit un rêve éveillé.

« Il me disait toujours que le fait de se retrouver en D1 belge était son rêve. Et aujourd’hui, il s’étonne encore tous les jours d’avoir Neymar à côté de lui dans le vestiaire du PSG ou Eden Hazard dans celui de l’équipe nationale. Il a toujours eu cette passion du jeu et quand il découvre un stade ou une atmosphère particulière. Il garde des yeux d’enfant » conclut Vincent Olimar. Un vrai conte de fées (qui serait parfait avec une proposition de prolongation du PSG) qui a débuté grâce à un « simple » coup du foulard.