Municipales 2020 à Lille : « Les footeux sont peu sollicités en politique à cause de leur réputation » : Ludovic Obraniak explique son engagement

POLITIQUE L’ancien joueur du Losc, auteur du doublé en 2011, sera sur la liste de Marc-Philippe Daubresse (LR) aux prochaines élections municipales à Lille

Propos recueillis par Francois Launay

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Ludovic Obraniak a décidé de s'engager en politique
Ludovic Obraniak a décidé de s'engager en politique — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • Les crampons à peine raccrochés, Ludovic Obraniak a décidé de s'engager en politique. 
  • En charge de la partie sport et santé du programme, il sera sur la liste de Marc-Philippe Daubresse (LR) aux élections municipales de Lille en mars 2020. 
  • Il explique à 20 Minutes les raisons de son engagement

Pour les supporters du Losc, il restera pour toujours celui qui a offert la coupe de France 2011 au club nordiste grâce à un coup franc magistral. Mais bientôt, Ludovic Obraniak sera peut-être vu sous un autre angle que celui du football. Agé de 34 ans, l’ancien joueur de Lille (2007-2012), formé à Metz et passé par Bordeaux, Auxerre, la Turquie ou encore Israël, a décidé de s’engager en politique à peine les crampons raccrochés.

Celui qui est désormais consultant pour RMC sera sur la liste de Marc-Philippe Daubresse (LR) pour les prochaines élections municipales à Lille. Il explique à 20 Minutes les raisons de cet engagement assez rare pour un ancien footballeur.

Qu’est ce que vous a poussé à vous engager aux côtés de Marc-Philippe Daubresse pour les élections municipales à Lille ?

Tout part d’une rencontre il y a une dizaine d’années. Quand je jouais au Losc, j’avais discuté avec Sébastien Leblanc, son bras droit, qui m’avait fait rencontrer Marc-Philippe Daubresse. J’ai sympathisé avec lui. Et quand je suis revenu vivre dans le Nord il y a quelques mois, ils m’ont sollicité pour savoir si ça m’intéressait de rejoindre la campagne des municipales à Lille pour m’occuper de la partie sport et santé. J’ai logiquement accepté car j’ai toujours eu envie de m’engager. J’ai beaucoup reçu dans ma carrière de footballeur et j’aimerais bien redonner ce qu’on m’a transmis. Ça faisait un moment que ça me trottait dans la tête.

Vous serez sur la liste ?

Oui, c’est une certitude. Je ne sais pas encore à quelle position mais l’engagement n’est pas que pour la campagne. C’est un engagement que je veux prendre sur le long terme.

Marc-Philippe Daubresse (LR) est classé à droite. Cela correspond à vos idées sur le plan politique ?

Je ne m’engage pas par rapport à la vision politique pure de Marc-Philippe Daubresse. Pour moi, le sport n’a pas de parti politique. Qu’on soit communiste, de gauche ou à droite, le sport est présent dans la vie de chacun. Je sais que les gens ont des besoins au quotidien sur le plan sportif. Tout cela est de plus en plus associé au bien-être et à la santé. C’est surtout ça pour moi. Après, commencer à m’engager sur l’économie ou autre chose, ce n’est pas mon truc. Je suis là pour parler de ce que je connais et le sport, je connais bien. Je suis aussi quelqu’un qui est à l’écoute des gens. C’était donc logique de me lancer dans la campagne municipale.

La politique vous a-t-elle toujours intéressé ?

Oui. J’aime bien la politique. Ça me rappelle un peu le monde du foot avec ses coulisses. C’est quelque chose de très complexe à analyser. Mais les choses complexes m’ont toujours passionné. Après, ce qui m’intéresse surtout, c’est d’essayer de faire des choses pour rendre la vie des gens meilleure. La politique, c’est quelque chose de très complexe mais le sport c’est mon domaine. Je sais de quoi je parle car j’ai côtoyé tout type de sportifs tout au long de ma vie que ce soit dans le milieu pro ou associatif. Rien que dans ma famille, ma femme court tous les jours à Lille, mon fils joue dans un club de foot amateur et moi, j’ai joué en pro. Donc je connais un peu toutes les composantes de la vie sportive lilloise. Et je me dis qu’il y a quelques améliorations à faire pour des gens qui galèrent.

Est ce que la politique est un sujet dont on parle dans un vestiaire de foot ?

Pas vraiment. Mais bon, on n’est pas énormément sollicité non plus. Moi j’arrive sur l’échiquier politique parce que Marc-Philippe me demande de venir lui donner un coup de main. Mais généralement, les footeux sont très peu sollicités à cause de notre réputation qui est souvent exagérée. Il y a énormément de gens dans notre métier qui ont envie de s’investir. Il faut simplement les solliciter. Ça paraît un peu prétentieux de venir de nous-mêmes pour s’associer à une campagne politique. Mais dans toutes les villes, il y a des sportifs représentatifs qui ne sont jamais sollicités. Là, Marc-Philippe a eu la bonne idée de le faire, il était normal que je réponde présent à ses côtés.

Quel est le constat que vous faites sur le sport à Lille ?

On a la chance d’avoir un club figure de proue avec le Losc. Après, on mérite d’avoir d’autres clubs mis en avant. Je pense par exemple au hockey sur gazon, au water-polo, au basket ou encore au rugby. Je sais aussi que les petits clubs ont besoin d’être plus soutenus, plus aidés. Le but de la ville, c’est aussi de leur donner les moyens de se développer parce qu’ils ont un rôle éducatif au-delà du sport. Et puis, il faut associer à tout ça le respect de l’environnement. On est en plein dedans. Si on peut essayer de rendre les choses plus raisonnables sur le plan écologique, on doit le faire aussi.

Y’a-t-il un manque d’équipements sportifs à Lille ?

Oui, il y a énormément de choses à faire. Il y a des disciplines comme les sports de combat qui ne demandent qu’à être exploitées. Il faudrait peut-être aussi une Arena. Les petits clubs ont aussi besoin de changer leurs structures. Il manque aussi cette fameuse piscine mais je ne l'imagine pas du tout à Saint-Sauveur. Pour moi, c’est une aberration. Cela devrait être un lieu d’espaces vert pour que les gens puissent souffler en plein milieu de la ville. On veut à chaque fois construire alors qu’il y a des bâtiments existants qui ne demandent qu’à être rénovés. Mais je ne suis pas là pour critiquer ce qui a été fait avant. Je trouve que Martine Aubry, qui nous a accompagnés lors du doublé de 2011, a fait des choses incroyables pour la ville. Mais après plus de quinze ans de mandat, a-t-on encore le recul nécessaire et l’énergie pour pouvoir apporter un peu de fraîcheur ? Je crois que les citoyens ont besoin justement d’un peu de fraîcheur.

Pourquoi avez-vous décidé de revenir vivre à Lille après votre carrière ?

C’est la ville où j’ai trouvé la meilleure qualité de vie à la fois sur le plan professionnel et sur le plan humain. J’adore cette ville qui est passionnante et en perpétuelle évolution. On est à un carrefour européen et puis j’ai noué énormément de contacts ici. Mon noyau proche est lillois. J’y trouve mon compte.

L’ancien joueur du Losc que vous êtes a-t-il envie de revenir au club sous une autre fonction ?

De toute façon, mon objectif est de travailler dans un club comme directeur sportif ou entraîneur dans un futur proche. Je passe mes diplômes actuellement et j’aimerais intégrer un staff prochainement.

Que pensez-vous du Losc actuel ?

Aujourd’hui, je suis à la fois admiratif et nostalgique du Losc. Le club a radicalement changé de contexte. On était sur un club un peu plus familial à mon époque. Là, on est sur un club plus porté sur le business. Ce qui n’empêche pas que je prenne énormément d’émotions à voir jouer cette équipe. C’est super d’avoir installé Christophe Galtier comme entraîneur. L’organigramme est de qualité à chaque niveau. Après, le seul problème que j’ai, c’est de m’identifier aux joueurs. Pépé est parti alors qu’on s’était identifié à lui. Osimhen arrive, il a presque déjà remplacé Pépé dans nos cœurs mais on nous annonce déjà qu’il partira sûrement dans un an. Il faut admettre qu’on est passé à autre chose, que ce soit à Lille ou ailleurs.

Cela n’a pas l’air de vous plaire…

Je m’adapte à l’air du temps. Il faut faire avec. Mais j’ai l’intime conviction que pour montrer quelque chose de solide, il faut passer du temps ensemble. Quand je vois Liverpool aujourd’hui, je constate que cette équipe ne s’est pas construite du jour au lendemain. Le club ne vend pas six ou sept joueurs chaque année. Ça me paraît très difficile d’être performant sur la durée en adoptant cette politique-là. Aujourd’hui, c’est compliqué de faire des cycles de trois ans avec la même équipe. Mais dans ma philosophie, ça me paraît indispensable pour que ce soit viable. C’est ce qu’on avait vécu à Lille quand on a fait le doublé. Et encore, si cette équipe-là était restée ensemble quelques années de plus, je suis sûr qu’on aurait gagné d’autres titres.