Le business très lucratif du passage de migrants vers la Grande-Bretagne

ENQUÊTE La récente interpellation de trois passeurs présumés permet de comprendre le fonctionnement de ces trafics

Mikaël Libert

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Les bateaux étaient achetés à des particuliers.
Les bateaux étaient achetés à des particuliers. — OCRIEST
  • Une Iranienne est morte noyée lors d’une tentative de traversée de la Manche en canot.
  • Trois personnes suspectées d’avoir fourni le bateau ont été interpellées lundi.
  • Les passeurs achetaient les canots via des sites de petites annonces.

L’exploitation de la misère. Jamais les tentatives de traversées de la Manche par des migrants sur des embarcations de fortune n’avaient été aussi nombreuses. Selon la préfecture maritime, les statistiques ont triplé depuis un an, passant de 586 en 2018 à 1.473 depuis le début de l’année 2019. En août dernier, l’une de ces traversées s’est terminée en drame avec la mort d’une Iranienne de 31 ans. Une longue enquête de police a permis l’interpellation des personnes soupçonnées d’avoir fourni le bateau en échange d’une forte rémunération.

Le 9 août, en pleine nuit, une vingtaine de migrants afghans et iraniens ont pris place à bord d’un canot pneumatique beaucoup trop petit pour le nombre qu’ils étaient. Malgré les risques, ils ont pris la mer depuis une plage du Pas-de-Calais en direction de la Grande-Bretagne. Alors que l’embarcation venait de pénétrer dans les eaux territoriales Britanniques, le petit moteur est tombé en panne d’essence. Faute de rame pour poursuivre la route, trois passagers du canot se sont jetés à l’eau pour tenter d’amarrer leur embarcation à une bouée. L’une des trois, une femme de 31 ans, s’est noyée.

Des bateaux achetés sur des sites d’annonces

Côté français, le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête, confiée à la police aux frontières de Coquelles et à l’Office central pour la répression de l’immigration irrégulière (Ocriest). « Grâce aux témoignages des migrants recueillis par nos homologues Britanniques, nous avons pu identifier trois personnes soupçonnées d’avoir fourni le bateau pour cette traversée », explique à 20 Minutes Xavier Delrieu, le patron de l’Ocriest. Les suspects, deux Afghans et un Hollandais, étaient installés en région parisienne. Ils bénéficiaient aussi de l’aide d’un intermédiaire chargé de recruter les passagers et de leur remettre les embarcations.

Les investigations ont permis d’établir le mode opératoire de ces passeurs présumés : « Ils achetaient légalement des bateaux mis en vente sur des sites de petites annonces et n’hésitaient pas à se déplacer assez loin pour les récupérer, jusque dans l’Est de la France si besoin », poursuit le policier. Lundi dernier, c’est avec un vendeur de Dijon que les suspects avaient fait affaire. « Nous les avons interpellés à leur retour avec le bateau et le moteur dans la voiture », assure le commissaire Delrieu. Au cours du mois précédent, ces trois hommes ont ainsi acquis au moins six canots pneumatiques qui n’ont pas été retrouvés par les policiers.

« C’est un business très rentable »

« Les bateaux sont achetés en moyenne 2.000 à 4.000 euros mais chaque migrant paye entre 1.000 et 3.000 euros la traversée. A une vingtaine de personnes par bateau, c’est un business très rentable », regrette Xavier Delrieu. D’autant que les bénéfices sont à partager en petits comités : « Il ne s’agit pas de gros réseaux mafieux très organisés mais de petites structures de quelques personnes seulement », détaille le chef de l’Ocriest, précisant que huit réseaux de ce type ont déjà été démantelés depuis le mois d’août.

Deux de trois suspects ont été déférés en vue d’une comparution immédiate, vendredi, à Boulogne-sur-Mer. En attendant leur jugement, renvoyé au 18 décembre, ils ont été placés en détention provisoire. Ils sont accusés « d’aide à la circulation d’étrangers en situation irrégulière commis en bande organisée et d’homicide involontaire », selon le parquet de Boulogne, précisant que la peine maximale encourue était de 10 ans d’emprisonnement.