Lille : L’avenir du projet de quartier Saint-Sauveur doublement entre les mains de la justice

JUSTICE Le tribunal administratif de Lille va devoir, une nouvelle fois tranché sur l’intérêt général du projet de quartier Saint-Sauveur

Gilles Durand

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Lille, le 7 mars 2019. Le belvedere de la friche Saint-Sauveur. Site ou doit etre construite la future piscine olympique.
Lille, le 7 mars 2019. Le belvedere de la friche Saint-Sauveur. Site ou doit etre construite la future piscine olympique. — M.Libert / 20 Minutes
  • Le recours de deux associations contre le projet de quartier Saint-Sauveur à Lille a été présenté lors d’une audience au tribunal administratif, ce vendredi.
  • Les opposants au projet contestent l’implantation d’une piscine olympique semi-ouverte dans un quartier pollué.
  • La ville et la Métropole de Lille estiment que l’enquête complémentaire a pu apporter des réponses aux manques de la première enquête publique.

Mise à jour, dimanche 6 octobre, à 15h : Le juge des référés du tribunal administratif a décidé de ne pas donner une suite favorable à la demande des oppsants au projet de suspendre la déclaration complémentaire de projet d’intérêt général du 28 juin 2019, adoptée par la métropole de Lille. Cette décision n’empêche pas la procédure juridique de continuer de suivre son cours sur le fond du dossier concernant les impacts environnementaux.

Le quartier Saint-Sauveur toujours en pointillé. Les opposants à ce projet d’urbanisme se retrouvaient, une deuxième fois, face à la ville et la Métropole de Lille (MEL), ce vendredi, au tribunal administratif (TA) de Lille. Deux associations, ASPI et Parc Saint-Sauveur, réclament, comme l’an dernier, la suspension d’un nouveau délibéré voté par le conseil métropolitain le 28 juin 2019, déclarant le projet d’intérêt général.

Cette notion d’intérêt général, qui doit théoriquement permettre l’engagement du chantier, est une nouvelle fois contestée. Dans ce recours, l’opposition se focalise sur la construction d’une piscine olympique semi-ouverte dans un quartier pollué. En octobre, le tribunal avait déjà suspendu le projet Saint-Sauveur au motif, notamment, d’un manque d’étude sur la qualité de l’air.

Ville de Lille et MEL avaient alors décidé de réaliser une nouvelle étude d’impact sur cette problématique. En juin, un pôle d’expertise de l’Institut Pasteur de Lille avait estimé, dans ses conclusions, que « le risque sanitaire lié à l’exposition aux polluants atmosphériques […] n’était pas d’une intensité suffisante pour contre balancer les effets bénéfiques engendrés par la pratique d’une activité sportive ».

C’est cet argumentaire qu’a défendu Me Thibault Soleilhac, avocat de la MEL, provoquant les éclats de rire d’une salle d’audience bondée, entièrement acquise à la cause des associations.

L’indépendance des experts contestée

« Le nœud du problème reste la qualité de l’air. Ce sont des mesures supplémentaires de pollution atmosphérique sur le site qui étaient demandées et non des généralités sur la pratique du sport », a dénoncé Me Muriel Rueff, avocate des associations, lors de l’audience.

Cette dernière a également réfuté « l’indépendance des experts », la MEL siégeant au conseil d’administration de l’Institut Pasteur. « Seuls quatre experts sur neuf font partie de l’Institut Pasteur. On ne peut mettre en cause leur indépendance », a rétorqué Me Thibault Soleilhac. Selon lui, « la procédure d’enquête complémentaire menée par la MEL a pu apporter des réponses aux manques de la première enquête publique, en particulier sur les enjeux sanitaires. »

Un recours toujours pas tranché sur le fond

Les deux parties sont néanmoins tombées d’accord sur un point. Pour l’instant, il n’est pas question de commencer le moindre chantier sur la friche Saint-Sauveur. Car l’audience a permis de rappeler que le premier recours, déposé l’an dernier par les associations, n’a toujours pas été tranché sur le fond.

Le projet a, certes, été suspendu en urgence par référé en octobre 2018, mais les juges du TA doivent encore statuer sur l’annulation pure et simple du projet. En attendant, le vote des élus de la MEL, en juin, « ne peut pas être suivi d’effets », reconnaît Me Thibaut Soleilhac.

En clair, le début des travaux n’est pas pour demain, à en croire l’avocat de la MEL. Or, dans l’esprit des élus, la piscine olympique doit être construite avant 2024 pour profiter de l’effet JO à Paris. Le feuilleton continue.