Lille : Les « gilets jaunes » se déchirent et prennent des chemins politiques différents

SOCIETE Divisées sur la ligne politique à suivre, certaines figures du mouvement « gilets jaunes » ont décidé d’arrêter de manifester à Lille

Francois Launay

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Une manifestation des «gilets jaunes» à Lille (illustration).
Une manifestation des «gilets jaunes» à Lille (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • Les tensions entre leaders du mouvement « gilets jaunes » lillois ont franchi un cap.
  • Figures de la branche marquée à gauche, Alexandre Chantry et ses proches ont décidé d’arrêter de manifester et de créer leur mouvement politique en vue des municipales.
  • De son côté, Lionel Brandao, farouche défenseur de la ligne apolitique du mouvement, espère un nouveau souffle pour les « gilets jaunes » lillois

Chacun sa route, chacun son chemin. Après des mois de lutte commune, les «gilets jaunes» se divisent à Lille. Si les tensions ne sont pas nouvelles entre les leaders du mouvement, elles viennent de franchir un cap. Figure principale de la branche marquée à gauche du mouvement, Alexandre Chantry a décidé cette semaine de laisser son gilet jaune au vestiaire.

Finies les manifs du samedi, le jeune homme de 28 ans, proche de la France insoumise, veut poursuivre la lutte autrement. Le 20 septembre, lui et ses proches lanceront à Lille leur propre mouvement politique baptisé Résistance Populaire Métropole Lilloise. L’idée : définir un programme commun d’idées marquées à gauche avec le but de présenter des listes aux municipales de mars 2020 dans différentes communes de la métropole (Lille, Tourcoing, Villeneuve-d’Ascq…)

« On voit bien que le mouvement n’a plus de perspectives »

« Aujourd’hui, on n’est plus en accord avec certains agissements au sein des "gilets jaunes". On s’en désolidarise. Il y a eu des gens qui s’attaquent à des manifestants, à des syndicats. Il y a eu aussi des propos insultants ou discriminants. Ce n’est plus trop notre truc. Et puis, on voit bien que le mouvement n’a plus de perspectives. On a l’impression que c’est manifester pour manifester. Mais la Révolution française ne serait pas arrivée s’il n’y avait pas eu de projet politique derrière. Nous, on veut proposer une alternative », annonce Alexandre Chantry partisan d’une convergence des luttes.

Une vision des choses en total décalage avec Lionel Brandao, autre figure du mouvement lillois. « On a de grosses divergences de vue. Personnellement, je pense que les gens ne veulent pas révolutionner la France et tout abattre. Ils veulent juste vivre mieux et ils se sont surtout battus pour le pouvoir d’achat. On est nombreux à penser ça. Mais d’autres personnes se sont servies du mouvement pour s’affirmer politiquement et récupérer des gens. La base des "gilets jaunes" sont des gens perdus, qui ne croient plus en rien et qui ne votent pas. Les syndicalistes et politiciens ont compris qu’il y avait des gens à récupérer », assure celui qui se dit « apolitique ».

Le gilet jaune est devenu un repoussoir

Divisé politiquement, le mouvement lillois s’essouffle clairement même si Lionel Brandao assure que les gilets jaunes « du début » peuvent revenir dans les cortèges. « Je reste optimiste. Je pense que beaucoup de gens peuvent revenir si on revient à nos revendications de base » estime le manifestant.

Ce n’est pas vraiment l’avis de l’autre branche lilloise qui estime que le gilet jaune, après avoir été un symbole d’union, est devenu un repoussoir pour beaucoup de gens apeurés à la vue d’un simple gilet. Sans compter les condamnations judiciaires qui ont découragé plus d’un manifestant.

« Il y a eu beaucoup de répression. A titre personnel, j’en suis déjà à plus de 60 heures de garde à vue. Je viens de passer au tribunal et j’y retourne en fin d’année. C’est dur alors qu’on est resté totalement pacifique. C’est aussi ce qui fait que j’arrête le mouvement », reconnaît Flavien Dahuron qui a décidé de participer à la création du mouvement Résistance Populaire.

« L’esprit "gilets jaunes" restera quoi qu’il arrive »

La page des « gilets jaunes » est donc en train de se tourner pour plusieurs leaders lillois même si personne ne renie le mouvement et son apport. « Cette lutte a été un symbole d’espoir pour beaucoup. Et puis, la lutte est éternelle. Il y a eu les "gilets jaunes" cette année, il y a eu Nuit Debout en 2016. Ce sont des étapes. Et si le prochain mouvement social qui part ramène autant ou plus de monde dans les rues, on pourra se dire que les gilets jaunes ont aussi servi à ça. L’esprit du mouvement restera quoi qu’il arrive », conclut Alexandre Chantry passé de la rue aux urnes pour poursuivre la lutte.