Nord : Ni mineurs ni majeurs, ces jeunes migrants n'ont droit à rien

IMMIGRATION Une quarantaine de jeunes immigrés hébergés à Armentières sont à l’aube de se retrouver de nouveau à la rue

Mikael Libert

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Le sort de ces jeunes est entre les mains de la justice (illustration).
Le sort de ces jeunes est entre les mains de la justice (illustration). — M.Libert / 20 Minutes

De jeunes Africains bien encombrants. Au début du mois de juin dernier, les autorités ont procédé à l’évacuation du « squat cinq étoiles », à Lille. L’endroit, insalubre, était alors occupé par environ 200 immigrés originaires d’Afrique noire, dont une quarantaine affirmant être mineurs. Ces derniers, relogés provisoirement, devraient retrouver la rue dès mercredi selon l’Eglise baptiste la Réconciliation qui suit le dossier.

Alors que, mi-août, Martine Aubry réaffirmait sa volonté d’accueillir une partie des réfugiés du navire Open Arms, d’autres immigrés, déjà présents sur le territoire, sont menacés d’être jetés à la rue. Le problème de cette quarantaine d’immigrés, essentiellement originaires de Guinée, est qu’ils n’ont aucun statut. « Tous affirment être des mineurs âgés entre 15 et 17 ans. Leur minorité n’a pas été reconnue par les autorités et ils ont tous déposé un recours devant la justice », explique Christian De La Roque, responsable de La Réconciliation.

Ni mineurs, ni majeurs, ils n’ont droit à rien

Du coup, ils ne sont pas pris en charge dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance et ne peuvent bénéficier des aides réservées aux adultes. Après leur expulsion du squat lillois, en juin dernier, ils ont été hébergés provisoirement dans un foyer à Armentières, près de Lille. « Mardi, les mineurs qui étaient scolarisés ont été priés d’emporter leurs affaires avec eux pour aller à l’école parce qu’ils ne pourraient plus retourner dans le foyer », affirme le responsable de La Réconciliation.

Sollicitée par 20 Minutes à ce sujet, la préfecture n’a pas donné suite. « A nous non plus, ils ne répondent pas. Cela veut dire qu’ils n’ont pas de solution à leur proposer », déplore Christian De La Roque. Pour ne pas être pris au dépourvu, certains des jeunes ont déjà quitté le foyer. Les plus débrouillards ont trouvé refuge chez des amis ou chez des familles de compatriotes. Les autres, inéluctablement, retourneront dehors : « Cela remet en question leur scolarisation alors qu’ils souhaitent simplement s’intégrer à la société française. Ne pas les prendre en charge, c’est les mettre à la portée des réseaux criminels », regrette-t-il.

Il faudra donc attendre mercredi matin pour savoir si le foyer d’Armentières a bien fermé ses portes au nez de ces jeunes. Pour Christian De La Roque, « c’est d’autant plus aberrant que, dans la plupart des cas, la justice va leur donner raison et les reconnaître comme mineurs ». Un fait qu’avait déjà reconnu Jean-René Lecerf, président du conseil départemental. « Les juges se rangent à la présomption de minorité et nous condamnent à payer des astreintes pour les loger », avait-il déploré fin 2017.