Nord : Menacé avec une tronçonneuse, le maire de Maing « n’avait jamais connu un tel déchaînement de violence »

INTERVIEW Philippe Baudrin, maire d’une ville de Maing, 4.000 habitants, a été agressé verbalement et physiquement alors qu’il tentait d’empêcher l’intrusion de gens du voyage sur un terrain de la commune

Francois Launay

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Philippe Baudrin, le maire de Maing
Philippe Baudrin, le maire de Maing — Mairie de Maing
  • Philippe Baudrin, maire de la ville nordiste de Maing, a été menacé mardi avec une tronçonneuse, il a été également frappé au visage.
  • Le maire tentait d’empêcher l’intrusion de gens du voyage sur un terrain de la commune.
  • Il a déposé plainte et deux personnes ont été placées en garde à vue.

EDIT: Le ministre chargé des collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, réunit ce vendredi à Paris une douzaine de maires victimes de violences pour échanger avec eux sur des mesures concrètes destinées à lutter contre le phénomène. A cette occasion, nous vous proposons de lire ou relire l'interview de Philippe Baudrin, maire de Maing (Nord), agressé et menacé avec une tronçonneuse l'été dernier.

Philippe Baudrin n’avait jamais connu ça en vingt-cinq ans de mandat. Le maire de Maing, une commune de 4.000 habitants située près de Valenciennes (Nord), a été menacé à la tronçonneuse mardi après-midi. Alors qu’il tentait d’empêcher l’intrusion de gens du voyage dans un parc de la ville, il a été agressé verbalement et physiquement.

Après avoir déposé plainte pour coups et blessures, dégradation de biens publics et menaces de mort, il revient longuement pour 20 Minutes sur le déroulé des faits d’une affaire qui résonne particulièrement à peine deux semaines après la mort accidentelle du maire de Signes (Var) à la suite d’un conflit avec le chauffeur d’une camionnette.

Que s’est-il passé mardi après-midi ?

Tout a commencé par le coup de téléphone d’une riveraine qui m’a averti que des gens du voyage arrivaient sur un parc public de la commune. Ils étaient en train de dégrader les entrées mises en place pour éviter les intrusions. Il y a des blocs en chêne avec chaînes et cadenas. Mais quand je suis arrivé sur place, le cadenas et la chaîne étaient déjà explosés. Il y avait encore un plot qui gênait le passage et un individu était à genoux en train de tronçonner la base du plot de chêne.

Que faites-vous à ce moment-là ?

Je me présente et je lui dis d’arrêter. Dans son langage, il me répond : « Dégage, je n’en ai rien à faire ». Je lui répète mon injonction mais il poursuit son travail. Je lui répète alors une troisième fois en le prenant par l’épaule pour le faire reculer. Et là, il m’envoie un coup de poing dans la figure. J’appelle alors la police pour les prévenir, je reprends mes esprits et j’essaie encore de le faire reculer en le prenant par l’épaule. Et là, une furie arrive dans mon dos, me gifle méchamment et hurle « Touche pas à mon mec ». J’essaie encore de le retirer mais à ce moment-là, l’individu se redresse et pointe sa tronçonneuse vers moi en faisant des gestes avec. Quand j’ai vu ça, j’ai arrêté. Ce n’était plus un outil, c’était une arme. Je ne suis quand même pas fou. Je ne vais pas mourir pour des gens du voyage qui s’installent sur un site. J’attends alors l’arrivée de la police mais pendant ce temps-là, les caravanes sont entrées sur le terrain.

Que se passe-t-il quand la police arrive sur les lieux ?

Je leur désigne la personne qui m’a frappé. Les policiers l’interpellent et le placent en garde à vue avec deux femmes. Je suis ensuite allé porter plainte au commissariat car il y a une limite qui a été dépassée. J’ai reconnu l’une des deux femmes. L’autre a été relâchée. Puis, il y a eu une confrontation avec les personnes en cause qui passent devant le procureur de la République ce mercredi. L’affaire suit son cours

Aviez-vous déjà vécu ça en vingt-cinq ans de mandat ?

Non, je n’avais jamais connu un tel déchaînement de violence. En plus, c’était en plein jour devant des témoins car des habitants de Maing ont assisté à la scène depuis leur maison. J’avais déjà pris un coup de poing dans l’exercice de mes fonctions mais je n’avais jamais été menacé avec une tronçonneuse. Il y a un vrai souci d’impunité qui règne aujourd’hui chez les malfrats. Tout le monde a le droit de vivre mais il y a un problème de respect. Ce sont des gens qui arrivent en force sur un lieu sans avoir préalablement demandé s’il existait des aires spéciales ou s’il y avait des terrains adaptés. On prend le problème à l’envers en passant en force et en étant violent. La société ne fonctionne pas.

Êtes-vous toujours choqué 24 heures après les faits ?

Je vous avoue que je n’ai pas très bien dormi. En plus, les gens du voyage ont commencé à filmer quand j’ai pris le coup de poing dans la figure pour voir ma réaction. Si je réagissais, c’était moi qui devenais le violent. Donc, j’ai tout encaissé car je savais que j’étais filmé.

Après une telle scène, est-ce qu’on se pose des questions sur son rôle de maire ?

J’ai eu énormément de coups de téléphone de soutien de maires, députés, sénateurs et même d’une ministre. Mais si c’était à recommencer, je recommencerai. Je n’accepte pas cette dégradation volontaire et ce mépris de l’institution. Mais la prochaine fois, j’attendrai l’arrivée de la police avant d’intervenir. Plus largement, je n’ai jamais eu de gros problèmes dans la commune de Maing où les habitants sont calmes. C’est certainement le refus d’intégration d’une certaine catégorie de la population qui pose problème. Là, ça a dépassé les limites.

Ce fait divers fait écho à la mort accidentelle du maire de Signes il y a quelques semaines pour un autre conflit. Y avez-vous pensé ?

On me l’a rappelé à plusieurs reprises depuis l’incident. Mais chaque cas est différent. Le maire du Var était seul alors que beaucoup d’habitants de la commune étaient autour de moi quand ça s’est produit. Ils ont eu peur et ont déposé plusieurs témoignages au commissariat. Très franchement, je ne m’attendais pas autant de violence en plein jour devant autant de monde. C’était scandaleux.