Reta (à gauche) et Jocelyne, lors de leurs retrouvailles, à Soissons.
Reta (à gauche) et Jocelyne, lors de leurs retrouvailles, à Soissons. — Nattier

BELLE HISTOIRE

Aisne: Comment deux demi-sœurs, l'une née en France, l'autre aux Etats-Unis, ont fini par se retrouver

Fille d’un soldat américain, une septuagénaire de l’Aisne vient de faire connaissance, pour la première fois, avec sa demi-sœur, dont elle ne soupçonnait pas l’existence aux Etats-Unis

  • Née en 1946, Jocelyne Nattier n’a jamais connu son père, pasteur américain venu en France pour combattre avec l’armée des Etats-Unis.
  • Ce n’est qu’en 2012 qu’elle a retrouvé la trace de sa famille américaine dont elle n’avait jamais entendu parler.
  • Cette semaine, sa demi-sœur de 61 ans est venue pour la première fois, lui rendre visite à Soissons, dans l’Aisne

« J’ai appris que j’avais une demi-sœur à l’âge de 68 ans ». Dans la voix de Jocelyne Nattier, on devine le bonheur et l’émotion. Cette grand-mère de 73 ans, qui habite à Soissons, dans l’Aisne, retrace, cette semaine, une partie de sa vie grâce à une partie de sa famille arrivée des Etats-Unis. Fille d’un soldat américain venu combattre en France pendant la Seconde Guerre mondiale, elle n’a jamais connu son père. Jusqu’au jour où… Grâce à internet.

L’histoire commence en 1945. Thomas H. Barefield est né au Texas en 1920. Il débarque en France en 1944 au sein de l’infanterie américaine. Cantonné du côté de Laon, il y rencontre Joëlle, une jeune veuve dont le mari, prisonnier, est porté disparu en Allemagne. Elle a eu trois garçons de ce premier mariage, lorsqu’elle épouse le soldat Barefield.

« On m’appelait l’Américaine »

L’année suivante, Jocelyne naît en avril 1946. Quelques mois avant que son père ne reparte aux Etats-Unis. « Je n’ai jamais su ce qui s’était passé, raconte Jocelyne. Ma mère n’a jamais voulu me parler de mon père. Elle était volage et, peu de temps après le départ de mon père, elle a refait sa vie avec un troisième mari ». La famille s’agrandit : en plus de ses trois frères aînés, Jocelyne aura cinq autres frères et sœurs.

« On m’appelait l’Américaine dans la famille. Ça a été très difficile pour moi. J’étais la bonne à tout faire. J’ai beaucoup souffert d’une mère qui ne m’aimait pas. C’était une sorcière », avoue tristement Jocelyne. Elle quittera le domicile familial à 21 ans lorsqu’elle se mariera.

Joëlle et Thomas, dans les années 1940.
Joëlle et Thomas, dans les années 1940. - Nattier

« C’est mon frère aîné qui a retrouvé mon extrait de naissance pour ce mariage auquel ma mère a refusé de participer », se souvient Jocelyne. Les années passent. Avec l’arrivée d’internet dans les années 1990, un de ses fils, Manu, essaie de retrouver la trace de ce père dont elle ne connaît rien. Sans succès.

Pasteur à Dallas

En 2012, un autre enfant de Jocelyne prend contact avec un journaliste qui travaille avec les Mormons sur la généalogie. « C’est lui qui nous a donné une identité : un pasteur à Dallas, au Texas. Après vérification sur internet, nous avons retrouvé sa trace le 27 décembre 2012. Je me rappelle bien la date », précise Jocelyne.

Hélas, l’homme est mort en avril 2006. « Le nom de ma mère était cité dans l’oraison funèbre de mon grand-père, parue sur le journal local, à l’époque. Après contact avec la congrégation religieuse, il s’agissait bien de mon grand-père », explique Manu, le fils de Jocelyne.

Pour cette dernière, c’est une nouvelle vie qui commence : « J’ai découvert que j’avais une famille. Je me considérais comme orpheline. J’ai toujours dit que j’étais de la Ddass* aux gens que je rencontrais ».

Des échanges via les réseaux sociaux

Car via la page Facebook de l’église, dont Thomas H. Barefield était le pasteur, apparaît le contact d’une petite-fille âgée de 23 ans, Britanny. Des échanges se nouent via les réseaux sociaux. Brittany devait venir en France durant l’été 2014 avec son fils et sa mère Reta, la demi-sœur de Jocelyne.

Le destin en a décidé autrement. Deux mois avant ce voyage, Britanny est décédée dans un accident de la route, percutée par un conducteur ivre, le jour de son 27e anniversaire.

Ce tragique accident va encore rapprocher Jocelyne et Reta. « Ma mère a dû s’occuper de sa petite-fille après la mort de sa belle-fille, à la suite d’un cancer. Comme Reta doit, aujourd’hui, élever son petit-fils », raconte Manu.

Retrouvailles à Roissy

En mai, la demi-sœur américaine propose à Jocelyne de lui rendre visite dans l’Aisne, avec l’enfant, « pour rencontrer sa famille ». Les retrouvailles ont eu lieu, mardi, dans l’aéroport de Roissy. « Tout le monde pleurait. Ça fait des semaines que tout le quartier, à Soissons, savait que j’allais retrouver ma demi-sœur », s’enthousiasme Jocelyne.

Le mystère ce père inconnu s’estompe peu à peu. « J’ai appris que lorsque j’avais 9 ans, il avait envoyé un billet d’avion à ma mère pour que je vienne passer une semaine aux Etats-Unis. Je ne l’ai jamais su », note Jocelyne qui découvre un père « généreux ». « Tous les dons qu’il récoltait en tant que pasteur, ils les utilisaient pour ouvrir des orphelinats à Dallas ».

Désormais, Jocelyne ne rêve que d’une chose : aller, à son tour, au Texas. « Si je gagne au loto », plaisante-t-elle. C’est long, une vie à rattraper.

* Direction départementale des affaires sanitaires et sociales. Se dit des enfants qui sont placés en famille d’accueil.