VIDEO. Lille: «Je suis venu en France pour trouver du travail», le récit d'un Rom expulsé, puis relogé

SOCIETE «20 Minutes» a rencontré une famille Rom récemment relogée par la préfecture après l’évacuation de deux campements à Lille, en juillet

Gilles Durand

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Alin Avram et son fils Andrei, dans leur nouveau logement.
Alin Avram et son fils Andrei, dans leur nouveau logement. — G. Durand / 20 Minutes
  • Environ 90 personnes ont bénéficié d’une solution de relogement lors des deux opérations d’expulsion qui ont eu lieu en juillet dans des campements lillois.
  • Après cinq ans d’attente et de demande, Alin Avram habite désormais, avec sa femme et son fils, dans un appartement à Marcq-en-Barœul.
  • « Je suis venu en France pour trouver du travail. En Roumanie, c’est très difficile », avoue-t-il.

« Je cherche du travail. N’importe quoi, mais je dois travailler. » Pour Alin Avram, c’est une nouvelle vie qui commence. Ce Roumain de la communauté Rom vient d’obtenir un appartement à Marcq-en-Barœul, près de Lille. Pour l’instant, aucun meuble. Seul un lit, une table et un canapé ornent le salon.

Mais le jeune homme de 28 ans est soulagé, après cinq ans d’attente et de vie en bidonville avec sa femme Vandana et son fils Andrei. Tout juste regrette-t-il de ne pas pouvoir installer la télévision. « Il n’y a pas de câble », sourit-il.

Solutions de relogement

Alin Avram fait partie des quelque 90 personnes qui ont bénéficié d’une solution de relogement lors des deux opérations d’expulsion qui ont eu lieu en juillet dans des campements lillois installés près des embranchements routiers entre Lille et Lambersart.

« Ce sont 109 personnes qui se sont vues proposer un logement d’urgence dans différentes villes de la métropole lilloise. On ne peut que se féliciter de la mise en place, pour une fois, de ce dispositif exemplaire par la préfecture », souligne Dominique Plancke, du collectif Solidarités Roms.

En 2018, la ville de Lille et l’Etat avaient été condamnés symboliquement pour avoir procédé illégalement à une évacuation de camp, quelques mois plus tôt.

« Je suis arrivé en France en 2011 »

Grâce au travail de La Sauvegarde et de l’association d’insertion Soliha, plusieurs familles Roms vont donc entamer une nouvelle existence. « Jusqu’à présent, les campements, qui étaient démantelés, se reconstituaient aussitôt. Pour certaines familles, cela faisait cinq ans qu’elles avaient fait une demande de logement. Elles ne passent devant personne », précise Mietek Cholewa, de Solidarités Roms.

C’est le cas d’Alin Avram. « Je suis arrivé en France en 2011 », raconte-t-il. Le français, il l’a appris sur place. Ou plutôt sur « Platz » (campement en langage Rom), au gré des jobs qu’il a occupés ou des heures de mendicité. « C’est quelqu’un de très sympathique. Il a toujours essayé de nouer des contacts avec les gens », raconte Dominique Plancke.

« Je suis venu en France pour trouver du travail. En Roumanie, c’est très difficile », avoue-t-il. Ses anciennes conditions de vie, il en parle peu. « Ça va. Je n’ai jamais eu de problèmes avec personne », résume-t-il.

Allers-retours entre la France et la Roumanie

« Je l’ai rencontré en 2016 dans un campement au Pont-Neuf. Il a aussi séjourné dans une tente près de l’Hôtel de région, se souvient Dominique Plancke. Ce qui est étonnant chez lui, c’est que, malgré son errance, il a toujours gardé précieusement tous ses papiers, ce qui fait qu’il connaît moins de problèmes pour trouver du travail. »

Depuis sept ans, Alin Avram a multiplié les allers-retours entre la France et la Roumanie, pour rendre visite à sa famille en Transylvanie. Mais aussi les séjours en Allemagne ou en Espagne, pour des emplois saisonniers dans l’agriculture. « J’ai travaillé aussi à la plonge dans un restaurant à Lambersart avec un contrat, quelques jours par-ci, par-là », note-t-il.

Pourquoi choisir la France alors ? « J’aime bien la France », se contente-t-il de dire. A la rentrée, son fils Andrei, âgé de 7 ans, ira à l’école pour la première fois en France. Une perspective qui n’enflamme guère le jeune garçon. « Ça va aller », pronostique son père, qui commence à lui apprendre le français. « C’est important, car on a envie de rester en France. »