Lille: La mairie planche sur le recyclage du pipi de bradeux en fertilisant

ENVIRONNEMENT L’idée d’utiliser de l’urine comme engrais agricole ne relève pas de la science-fiction

Mikael Libert

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Illustration de la braderie de Lille (Archives)
Illustration de la braderie de Lille (Archives) — M.Libert / 20 Minutes
  • Lille a en projet de recycler l’urine des chineurs lors de la grande braderie.
  • Naturellement riche en azote et en phosphates, l’urine est un bon fertilisant.
  • Cette démarche ne sera toutefois pas lancée avant l’édition 2020 de la braderie.

Vers une braderie zéro déchet ? On en est loin, mais l’idée fait son chemin. Alors qu’on a trouvé le moyen de transformer les tonnes de coquilles de moules en carrelage, la mairie de Lille étudie la possibilité de recycler l’urine des milliers de visiteurs de la grande braderie pour en faire du fertilisant. Irréaliste ? Pas du tout, d’autres l’ont d''ailleurs déjà fait.

« Le recyclage de l’urine lors de la braderie faisait partie du panel d’actions écologiques que nous avons présenté dans le dossier de candidature de Lille au titre de capitale verte européenne », explique Lise Daleux, l’adjointe (EELV) au maire en charge du Développement durable. Si l’élue parle d’une démarche symbolique, à bien y regarder, l’impact écologique d’une telle action ne serait pas négligeable.

Mine d'or

En effet, la braderie attire jusqu’à deux millions de personnes. Si un quart seulement utilise les toilettes publiques pour faire sa petite commission, cela représente tout de même 150.000 litres pour une moyenne de 300 ml par pipi. De quoi traiter près de quatre hectares de champs puisque, selon Benjamin Clouet, gérant d’Ecosec, une Scop spécialisée dans la valorisation des urines, « il suffit de quatre litres d’urine par an pour fertiliser 1 m2 de terre ».

Car oui, le pipi est un très bon fertilisant : « il contient naturellement de l’azote et surtout des phosphates. Mais pour cette dernière matière, on préfère aller l’acheter à l’étranger alors qu’on dispose d’une véritable mine d’or inexploitée », déplore Benjamin Clouet.

Un « frein psychologique »

Cependant, l’affaire n’est pas si facile : « Pour la braderie 2019, le délai est trop court. Il faut trouver les toilettes permettant la récupération, cela demande de nouveaux investissements », poursuit Lise Daleux, précisant que l’échéance de 2020 était plus raisonnable. « La base, c’est l’installation de toilettes sèches permettant de récupérer séparément l’urine et les matières fécales. Ces sanisettes publiques sont même 30 % moins onéreuses que celles proposées par les grands installateurs », assure-t-on chez Ecosec.

Sauf qu’ensuite, il faut créer toute la filière pour le traitement ou l’utilisation de l’urine récoltée. « Techniquement, on sait faire ça depuis longtemps. Les freins sont plutôt d’ordre réglementaire et psychologique. C’est incompréhensible, mais beaucoup de gens rechigneront moins à manger des légumes traités aux pesticides que d’autres qui ont poussé grâce à de l’urine », reconnaît Benjamin Clouet.