Lille: Pourquoi une supérette de la drogue a ouvert en plein centre-ville

ADDICTIONS L’association Spiritek entend dénoncer la criminalisation de l’usage de stupéfiants

Mikael Libert

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La supérette de la drogue à Lille.
La supérette de la drogue à Lille. — M.Libert / 20 Minutes
  • Une supérette de la drogue a ouvert dans le centre-ville de Lille. Spiritek espère ainsi montrer l’inefficacité de la répression sur les usages de stupéfiants.
  • L’association prône la décriminalisation des usagers de drogues au profit d’un accompagnement de ces personnes.

Si tu cherches du produit, ils l’ont. Ce mercredi, une supérette de la drogue a ouvert ses portes dans le centre-ville de Lille. L’endroit a presque pignon sur rue, installé au sous-sol de la librairie VO, rue du Molinel. A l’intérieur, on trouve à peu près tout ce qu’il se fait en matière de stupéfiants et, malgré tout, aucune chance que les policiers ne viennent y fourrer leur nez. Explications.

La supérette a tout d’un commerce classique. Des vendeurs, un coin pour l’emballage des achats, une caisse enregistreuse et des rayonnages sur lesquels sont présentés les produits. C’est là qu’on entre dans la science-fiction. Chichon, beuh, crack, LSD, MDMA, ecsta, kétamine, speed, GHB… Voilà un éventail de ce qui est proposé aux clients. Il y a même un coin avec tout le matériel nécessaire pour se « défoncer » proprement.

La supérette de la drogue à Lille.
La supérette de la drogue à Lille. - M.Libert / 20 Minutes

Bien entendu, c’est pour de faux et cela ne durera qu’une après-midi. « C’est une action volontairement forte, pour attirer l’attention sur la nécessité de décriminaliser l’usage des stupéfiants », explique Anne-Gaëlle Noclain, technicienne de prévention chez Spiritek, association qui est à l’origine de cette initiative dans le cadre de la Journée mondiale « Support, don’t punish » (accompagnez, ne punissez pas).

« La répression ne permet pas de faire baisser la consommation »

Pour cette association qui informe les usagers des drogues sur les risques qu’ils encourent, envoyer en prison les consommateurs n’a aucun sens : « Outre le fait de stigmatiser les usagers, la répression ne permet pas de faire baisser la consommation de stupéfiants. Au Portugal, par exemple, la dépénalisation a été suivie d’une baisse sensible de la toxicomanie. »

La supérette a été pensée comme « un lieu possible post-législation ». « Cela permettrait d’accompagner ces pratiques, de contrôler les produits, d’informer sur les risques liés aux produits mais aussi ceux liés au matériel de prise », poursuit Anne-Gaëlle Noclain. Pas question pour autant de faire l’apologie de l’usage. « Mais on a vu ce que la politique de prohibition de l’alcool a donné aux Etats-Unis. Ça ne fonctionne pas malgré tout l’argent dépensé. Sauf qu’en France aussi on reste très axé sur la morale et le jugement. Alors on légifère pour sanctionner au lieu d’aider et accompagner », déplore la technicienne de prévention.

La supérette de la drogue à Lille.
La supérette de la drogue à Lille. - M.Libert / 20 Minutes

A ce propos, l’Agence régionale de santé (ARS), l’un des principaux financeurs de Spiritek, a insisté pour que la supérette éphémère ne soit pas installée pas dans les locaux de l’association. « L’ARS ne voulait pas être associée à cette action, on nous a même demandé de ne pas la faire », glisse Anne-Gaëlle Noclain. Contactée par 20 Minutes, l’ARS explique qu’une « action militante comme celle-ci est simplement incompatible avec la neutralité d’un service public ».