Illustration d'un putois.
Illustration d'un putois. — Richard Bowler / SIPA

ANIMAUX

Alors qu'il est en voie de disparition, le putois risque d'être déclaré «nuisible» dans deux départements

Déclaré nuisible dans le Pas-de-Calais et la Loire-Atlantique, le putois est pourtant menacé de disparition, selon les scientifiques

  • Les effectifs du putois ne cessent de chuter depuis plus de 50 ans.
  • Pourtant, deux départements, le Pas-de-Calais et la Loire-Atlantique, souhaitent déclarer l’animal « susceptible d’occasionner des dégâts ».
  • Une consultation publique est ouverte jusqu’à jeudi au sujet de l’arrêté ministériel fixant la liste des espèces « nuisibles » dans les départements.

Le putois est-il condamné à disparaître ? A en croire le projet d’arrêté ministériel fixant la liste des espèces « susceptible d’occasionner des dégâts »* pour la période 2019-2022, l’animal est encore considéré comme « nuisible » dans deux départements : le Pas-de-Calais et la Loire-Atlantique.

Or, des naturalistes tirent la sonnette d’alarme sur sa menace d’extinction. « Il n’y a aucune raison écologique à classer ces espèces comme nuisibles, mais en plus, le putois est fortement menacé de disparition. Au contraire, il devrait être protégé », explique à 20 Minutes Pierre Rigaux, de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM).

Quelques dizaines de milliers d’individus

Depuis 2017, un rapport complet a été remis par la SFEPM aux ministres successifs de l’Ecologie. « En 1950, on piégeait 350.000 putois par an. Sa population est aujourd’hui estimée à quelques dizaines de milliers d’individus. Elle a atteint un seuil critique », alerte Pierre Rigaux.

Le putois est particulièrement menacé car très sensible à la disparition des haies et des sones humides ou aux transformations du paysage. Il disparaît à cause de l’agriculture intensive, de l’urbanisation et du piégeage, volontaire ou destiné à d’autres espèces. Sa cousine la fouine, par exemple, s’adapte beaucoup mieux, même en milieu urbain.

Liste rouge des espèces menacées

Même s’il est inscrit en « préoccupation mineure », le putois a intégré la liste rouge des espèces menacées en 2017. En mai, l’Union internationale pour la conservation de la nature a aussi écrit au ministre François de Rugy pour lui demander de protéger le putois.

« Nous avons été reçus au cabinet du ministre en janvier pour détailler le dossier. Même l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, dirigé majoritairement par des chasseurs, a officiellement confirmé la chute des effectifs de putois dans notre pays. Qu’est ce qui pousse ainsi le ministère à prendre une décision contraire à tous les avis scientifiques ? », s’insurge Pierre Rigaux.

Plus de 40.000 commentaires sur la consultation publique

« L’objectif du dispositif n’est pas d’éradiquer ces espèces qui jouent un rôle important dans leur écosystème (…), mais de réduire l’incidence des dégâts que certains spécimens provoquent dans un territoire donné, en particulier si leur densité y est trop élevée », souligne l’arrêté ministériel, soumis à consultation publique jusqu’à jeudi.

Contactée sur le sujet, la préfecture du Pas-de-Calais n’a pas donné suite.

L’avenir du putois, néanmoins, ne laisse pas indifférent. La consultation publique, ouverte depuis le 6 juin, a recueilli plus de 40.000 commentaires, et beaucoup sont défavorables au futur arrêté ministériel. Suffisant pour sauver le putois ?

* Belette (dans un seul département), fouine, martre, putois, renard, corbeau freux, corneille noire, pie bavarde, geai des chênes et étourneau sansonnet.