VIDEO. Lille: Le projet de piscine olympique provoque toujours des vagues

URBANISME Les associations opposées au projet de piscine olympique à Lille contestent l’impartialité du rapport validant la pratique de la natation dans une atmosphère polluée

Gilles Durand

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Image de synthèse du projet de la future piscine olympique à Lille.
Image de synthèse du projet de la future piscine olympique à Lille. — Auer & Weber
  • Après l’enquête publique sur la construction d’une piscine olympique à Lille, la Métropole de Lille avait commandé un rapport d’expertise.
  • Le rapport, qui valide la pratique de la natation dans une atmosphère polluée, suscite des protestations sur l’impartialité des experts.
  • L'adjoint au maire de Lille, Jacques Richir, estime, au contraire, que les scientifiques qui ont participé à ce rapport, sont indépendants.

Est-il sain de pratiquer la natation dans une atmosphère polluée ? La question était posée par le commissaire enquêteur qui avait, en mars, partiellement validé le projet d’urbanisme du quartier Saint-Sauveur, à Lille. Restait toutefois cette réserve sanitaire concernant la construction d’une piscine olympique, avec un bassin extérieur, non loin du périphérique.

Lors du conseil communautaire, qui se tient vendredi, la Métropole de Lille (MEL), responsable de ce projet d’aménagement urbain, va devoir valider le rapport d’expertise qui vient d’être dévoilé.

Impartialité du rapport contestée

Dans leurs conclusions, les experts estiment que « le risque sanitaire lié à l’exposition aux polluants atmosphériques extérieurs à la piscine n’est pas d’une intensité suffisante pour contrebalancer les effets bénéfiques engendrés par la pratique d’une activité sportive ».

Si les élus de la MEL votent cette délibération, le projet pourra être déclaré d’intérêt général. Condition nécessaire pour l’octroi du permis de construire.

Or, deux associations, opposées à ce projet d’urbanisme dans le quartier Saint-Sauveur, ont d’ores et déjà prévu d’attaquer en justice l’impartialité de cette expertise. Elles contestent l’indépendance de l'auteur du rapport: le pôle Pollution Santé Longévité, émanation de l’Institut Pasteur de Lille.

Des scientifiques indépendants

« L’Institut Pasteur n’est pas un expert indépendant, dénoncent les deux assos, Aspi et Parc, dans un communiqué. Le président de cette fondation, créée par la ville de Lille, n’est autre que Jacques Richir, adjoint à la mairie de Lille. Un élu qui s’investit régulièrement pour le projet dans les réunions publiques. »

Les assos y voient aussi un confit d’intérêt. « Le conseil d’administration est composé d’une représentante d’AG2R La Mondiale dont le président n’est autre que… Jean-François Dutilleul, également PDG de la holding Rabot-Dutilleul, chargée de construire la piscine », pointent-elles du doigt.

Photo du projet de quartier Saint-Sauveur, à Lille.
Photo du projet de quartier Saint-Sauveur, à Lille. - G. Durand / 20 Minutes

Sur ces deux points, Jacques Richir répond. «Le pôle qui signe l'expertise est un groupement indépendant et informel de scientifiques de haut niveau de la région (...) Il n'est pas la propriété de Pasteur. En ce qui concerne le fonctionnement de l'Institut, le cosneil d'administration (CA) n'exerce aucune activité de tutelle scientifique, mais uniquement celles dévolues au CA d'une fondation reconnue d'utilité publique», affirme-t-il.

« C’est de l’enfumage »

Concernant AG2R La mondiale, il précise : «Contrairement à ce qui est dit, AG2R n'a pas de représentant délibérant au CA mais simplement une invitée permanente au titre des Amis de la Fondation. (...) Le Conseil d' Etat recommande que des représentants des donateurs et des mécènes d'une Fondation y élisent leur représentant au CA.»

« Ce rapport, c’est de l’enfumage, témoigne Michel Eyraud, de Nord Ecologie conseil. On prend une vieille étude sur un cycliste pour démontrer des conséquences sur des nageurs. Alors qu'on attendait une véritable enquête. »

Pour Bénédicte Vidaillet, de l’association Parc, un autre problème se pose: « Cette étude ne tient pas compte de certaines pollutions comme le dioxyde de carbone et les particules fines pm10, pourtant liés à la circulation automobile ».

L'Agence régionale de santé oublié

Pourquoi la Métropole de Lille a-t-elle confié cette expertise, demandée par le commissaire enquêteur, à Pasteur plutôt qu’à l’Agence régionale de santé (ARS), dont c’est théoriquement le rôle ? Questionnées sur le sujet par 20 Minutes, ni la mairie, ni la MEL n’ont souhaité répondre.

L’aménagement urbain de l’ancienne gare de marchandise lillois risque donc de prendre une nouvelle tournure judiciaire. En octobre 2018, le tribunal administratif avait suspendu une première délibération de la MEL car il manquait une étude sur la qualité de l’air et… l’avis de l’ARS sur le projet de piscine olympique.