Roubaix: Emotion autour de la destruction d'une cheminée d'usine historique

PATRIMOINE Une cheminée de 40 mètres de haut, symbole du passé industriel de Roubaix, doit être détruite, ce qui provoque la colère d’une association et de la mairie

Gilles Durand

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La cheminée d'une ancienne usine Cavrois-Mahieu, à Roubaix, dont la démolition a déjà commencé. (Archives)
La cheminée d'une ancienne usine Cavrois-Mahieu, à Roubaix, dont la démolition a déjà commencé. (Archives) — Association le Non-Lieu
  • Le tribunal administratif a demandé la destruction d’une cheminée d’usine historique qui menaçait de s’effondrer, selon certains experts.
  • Une association de protection du patrimoine estime que ces cheminées peuvent tenir si elles sont régulièrement entretenues tous les 25 à 50 ans.
  • La mairie de Roubaix espère pouvoir renforcer l’arsenal juridique pour obliger les propriétaires à effectuer des travaux d’entretien de ce patrimoine.

C’était une des dernières cheminées d’usine intactes de Roubaix. Pourtant, le conduit de 42 m de haut d’une ancienne filature de coton est en cours de démolition, regrette la mairie de Roubaix, confirmant  une information de La Voix du Nord. Le tribunal administratif (TA) de Lille a demandé le démontage de cette cheminée historique, qui date de 1865.

Tout a commencé, en mars, par la chute de morceaux de briques abîmant des véhicules garés au pied de l’édifice. La cheminée appartient à un syndic de copropriété (75 personnes) depuis que l’usine a été transformée en logements, il y a environ dix ans.

« Péril imminent »

La ville de Roubaix saisit immédiatement le TA pour la mise en œuvre d’une procédure de mise en œuvre de « péril imminent ». Un expert est désigné pour examiner les bâtiments. Le 25 mars, un premier rapport propose de raser partiellement l’ouvrage.

« Toutefois, après que le syndic a fait appel à plusieurs professionnels en vue d’assurer le démontage de la cheminée, ces différents intervenants ont invoqué la difficulté de ne procéder à l’arasement que de la partie supérieure, eu égard à la solidité de la seule partie restante et à la difficulté de réaliser de tels travaux », souligne Olivier Couvert-Castéra, président du TA, contacté par 20 Minutes.

La mairie de Roubaix a alors déposé, fin avril, une nouvelle requête auprès du TA. Le même expert, missionné pour la seconde fois dans ce dossier, a, cette fois, préconisé de démonter la cheminée jusqu’à sa base. Seul le socle de 10 m de haut sera conservé.

Patrimoine industriel en péril

« C’est regrettable car il ne reste plus beaucoup de cheminées qui ont gardé leur aspect d’origine », témoigne Olivier Muzellec, président de l’association le Non-Lieu. Cette asso roubaisienne milite pour la sauvegarde de ce patrimoine industriel en péril. Roubaix, baptisée ville aux mille cheminées, n’en possède plus que 38 traces.

« Nous aurions souhaité pouvoir la reconstruire, mais le coût s’élèverait à 600.000 euros », assure Max-André Pick, premier adjoint (LR) au maire de Roubaix, en charge de l’urbanisme.

« Si ces cheminées sont régulièrement entretenues tous les 25 ans à 50 ans, elles peuvent tenir, rassure Olivier Muzellec. Le problème de celle-là, qui est très effilée, c’est que des antennes relais pour téléphone mobile y ont été installées et que les différentes opérations de pose ont peut-être fragilisé l'édifice. »

Convention d’installation d’antennes-relais

Car dans le même temps, les antennes-relais vont donc disparaître. « Les bâtiments qui ne sont plus normes et qui doivent être abattus font partie des clauses inscrites dans les conventions d’installation avec un propriétaire », précise un opérateur de téléphonie contacté par 20 Minutes.

Dans ce cas, les antennes-relais sont supprimées. A charge pour les opérateurs de retrouver rapidement une autre solution.

En attendant, l’élu roubaisien, Max-André Pick, souhaiterait renforcer l’arsenal juridique municipal pour pouvoir imposer ces travaux d’entretien aux propriétaires. Histoire de sauvegarder les dernières cheminées.