Lille: Le Centre hospitalier innove en transplantant un cœur «vivant»

SANTE Deux patients ont déjà pu être greffés grâce à cette nouvelle technique de transport d’organes

Mikael Libert

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Cette machine permet de laisser l'organe «travailler».
Cette machine permet de laisser l'organe «travailler». — TransMedics
  • Pour la première fois en France, un cœur est transporté «vivant».
  • Cette technique, venue des USA, permet de gagner un temps précieux.
  • Des études doivent démontrer l’intérêt de cette technique coûteuse.

Un hôpital au cœur de l’innovation. Le Centre hospitalier régional (CHRU) de Lille a réalisé une première dans le domaine de la transplantation cardiaque en France. Les équipes du professeur André Vincentelli ont pu implanter à deux patients des cœurs qui n’ont jamais cessé de battre, même pendant leur transport. Explications.

Aux Etats-Unis ou au Kazakhstan

C’est la première fois en France que des équipes de chirurgiens cardiaques transplantent sur un patient un « cœur isolé perfusé ». Il s’agit d’une technique de transport d’organes qui a déjà fait ses preuves, notamment aux Etats-Unis ou, plus récemment au Kazakhstan. « Nous avons utilisé une machine qui perfuse en sang oxygéné le cœur battant du donneur au cours de tout son transport. On laisse donc l’organe travailler comme s’il était toujours vivant », explique le professeur Vincentelli, chirurgien cardiaque qui a participé à l’opération des deux patients lillois.

Le gros avantage de cette technique, c’est principalement la marge de manœuvre en termes de temps : « Avec le mode de transport traditionnel en glacière, la limite théorique était de quatre heures. Cette limite dépasse les six heures grâce à l’Organ care system », assure le chirurgien. Du coup, comme les équipes disposent de davantage de temps, elles peuvent donc aller chercher des organes beaucoup plus loin : « C’est pour cette raison que c’est une technique utilisée dans des pays comme les Etats-Unis ou l’Australie dans lesquels les distances sont plus grandes », ajoute le Pr Vincentelli.

Un coût élevé et non pris en charge

L’autre avantage non négligeable, c’est la possibilité de prélever désormais des donneurs dont le cœur est arrêté : « En moyenne, en France, il y a deux receveurs pour un donneur. Avec cette technique, l’Angleterre a pu augmenter son nombre de transplantations cardiaques de 30 % », insiste le professeur.

Alors, pourquoi est-ce encore si peu répandu en France ? D’abord parce que ça coûte cher. La machine, fabriquée aux USA, n’est pas la propriété du CHRU. L’hôpital en paye l’utilisation, estimée à 30.000 euros par transport. Un montant auquel il faut ajouter le déplacement en avion de l’équipe médicale chargée de prélever l’organe.

Par ailleurs, pour que ces frais soient pris en charge, l’intérêt de cette technique doit être démontré par des études au niveau national. « Des évaluations vont être lancées en France. Mais c’est un protocole qui peut prendre deux ans », déplore André Vincentelli. Pour les deux patients lillois, la note a été réglée sur les fonds du budget innovation du CHRU. Sauf qu’avec une moyenne de 30 transplantations annuelles, tout le monde ne pourra pas en bénéficier.