Pas-de-Calais: La galère d'un couple de handicapés pour obtenir un prêt immobilier

BANQUE Malgré des revenus conséquents, les deux quadragénaires se font systématiquement rejeter leur dossier par les banques

Mikael Libert

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Illustration vente immobilière.
Illustration vente immobilière. — 20 Minutes
  • Handicapé et invalide, un couple du Pas-de-Calais ne peut contracter de prêt immobilier.
  • Malgré des ressources importantes et un apport, les banques refusent leur dossier.
  • Une situation de « discrimination » selon ce couple.

Cindy et Bruno habitent dans un petit village du Pas-de-Calais. La quarantaine tous les deux, ils louent un logement dans lequel ils vivent avec leurs trois enfants. A cette étape de leur vie, ils aimeraient bien s’acheter une petite maison, histoire d’être vraiment chez eux.

Mais le bien de leurs rêves, malgré un prix raisonnable, semble aujourd’hui inaccessible. Tous deux souffrent de graves problèmes de santé qui rendent impossible l’accès à un prêt immobilier.

« Une maladie rare qui fait que mes os s’effritent »

« Ce n’est ni plus ni moins que de la discrimination », déplore Cindy, 37 ans. Depuis très jeune, elle souffre d’ostéonécrose, « une maladie rare qui fait que mes os s’effritent », explique-t-elle. Elle porte déjà des prothèses de hanche, s’apprête à se faire poser la même chose aux genoux et, dans quelques années, ce sera au tour de ses épaules. Son mari, Bruno, 47 ans, a réussi à survivre à deux cancers. Mais la maladie l’a forcé à lever le pied dans son travail de maçon qu’il n’exerce plus qu’à mi-temps.

« Entre le salaire de mon mari, les allocations et les prestations sociales, nos ressources sont d’environ 3.600 euros par mois. Nous avons aussi un apport de 7.000 euros. Et malgré ça, personne ne veut nous accorder de crédit », peste Cindy. Pourtant, le couple ne demande pas la lune : 75.000 euros, dont 40.000 euros de travaux pour adapter le logement. « Entre mes démarches et celles de ma courtière, ce sont une douzaine de banques qui ont refusé notre dossier », assure cette maman de trois garçons.

« Il y avait toujours quelque chose, c’est de la discrimination »

« Soit on nous disait que le montant des travaux était trop important, soit que les prestations sociales ne pouvaient être prises en compte dans les revenus, soit que le reste à vivre serait trop faible. Il y avait toujours quelque chose, c’est de la discrimination », regrette Cindy.

« Ce n’est pas vraiment étonnant car il est vrai que ce sont des dossiers longs et compliqués à monter. Et il n’y a aucune banque qui serait plus facilitatrice qu’une autre, même si certaines assurent mettre l’humain au cœur de leurs préoccupations », déplore Régis Dos Santos, président du Syndicat national de la banque et du crédit. Côté Banque de France, on s’étonne tout en restant prudent : « Il y a beaucoup de paramètres qui entrent en ligne de compte pour accepter ou refuser un dossier. De plus, en France, il n’existe pas de droit au crédit », assure l’organisme à 20 Minutes.

Rien d’étonnant non plus pour la Fédération des malades et handicapés (FMH). « Dans ces cas-là, les banques sont frileuses parce que les allocations, comme l’AAH, ne sont pas versées à vie. Bien sûr il existe des assurances, mais elles sont très chères », explique à 20 Minutes la FMH. « Les banques n’aiment pas l’incertitude. Il vaut mieux être jeune et en bonne santé ou handicapé sans évolution possible », glisse Régis Dos Santos. Et le problème de Cindy et Bruno, c’est qu’ils ne sont ni l’un, ni l’autre.

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