Lille: «On juge des terroristes», estime le syndicat des bouchers du Nord, avant le deuxième procès de militants antispécistes

INTERVIEW 20 Minutes a interrogé le président du syndicat des bouchers du Nord sur le nouveau procès concernant des actes de vandalisme envers des commerces dans la métropole lilloise

Gilles Durand

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Laurent Rigaud dans sa boucherie à Wambrechies. (Archives)
Laurent Rigaud dans sa boucherie à Wambrechies. (Archives) — M.Libert/20 Minutes
  • Un deuxième procès mettant en cause deux militants de la cause animale se tient le jeudi 2 mai, au tribunal correctionnel de Lille.
  • Comme lors du premier procès, le syndicat des bouchers du Nord se porte partie civile contre les militants antispécistes.
  • Laurent Rigaud, président du syndicat des bouchers du Nord, indique que 50 commerces ont été vandalisés en deux ans.

C’est le retour du premier procès. En décembre 2018, deux militants de la cause animale avaient vu leur audience reportée au 2 mai. Ils étaient poursuivis pour avoir dégradé des vitrines de commerce de bouche au nom de l’antispécisme. Le procès se tient donc ce jeudi. Or, entre-temps, deux autres militants antispécistes ont été condamnés à six et dix mois de prison ferme dans des affaires similaires, mais aggravées par des tentatives d’incendie.

Laurent Rigaud, président du syndicat des bouchers du Nord, revient au tribunal de Lille, ce jeudi, en tant que partie civile. Il explique à 20 Minutes son ressenti sur ces dossiers*.

Les dégradations de commerces, notamment de boucheries, ont-elles cessé avec les deux vagues d’arrestations ?

Ça s’est calmé. Nous avons quand même connu 50 faits de vandalisme en deux ans dans le Nord, surtout dans la métropole lilloise, et quelques-uns dans le Pas-de-Calais.

Avez-vous eu peur au sein de la profession ?

En fait, nous avions peur du coup d’après, de ce qui allait se passer par la suite. A partir du moment où les barrières de l’illégalité étaient franchies, on a vu la montée en puissance des actes. Ça a commencé par du colorant sur les vitrines, ensuite les devantures étaient fracassées, puis on a eu les menaces de mort et les tentatives d’incendie. Nous avions mis la pression sur les autorités pour faire quelque chose, car nous étions persuadés que ça pouvait de terminer par un mort. Il y a eu un travail remarquable des services de l’Etat pour mener l’enquête.

La décision de justice vous a-t-elle satisfait ?

Lors du premier procès, un message ferme a été envoyé en prononçant des condamnations à de la prison. On estime à un million d’euros les dégâts provoqués par les dégradations. La prison nous paraît logique. Mais il y a aussi la condamnation à rembourser. Dans le modèle de ces gens-là, ce sont les assurances qui doivent payer. Eh bien non ! Ce sera eux.

Comment abordez-vous ce nouveau procès ?

C’est le même réseau. Les deux prévenus de ce jeudi étaient dans la salle lors d’un premier procès. On espère qu’eux aussi seront reconnus coupables, même s’il n’y a pas eu d’incendie. D’ailleurs, peut-être auraient-ils été aussi loin s’ils n’avaient pas été arrêtés ? Ces groupuscules d’extrémistes étaient connus. Ils sont peu nombreux, quatre ou cinq furieux à calmer.

Est-ce que vous comprenez qu’on puisse être en colère contre le mauvais traitement fait aux animaux ?

Nous sommes les premiers à être d’accord pour que les poules courent dans la nature au lieu d’être entassées dans des poulaillers, pour que les animaux soient élevés dans de bonnes conditions, pour mettre des vidéos dans les abattoirs. Quand il se passe des choses anormales dans la filière, elles doivent être dénoncées et sanctionnées. Mais dans ces affaires, nous sommes face à des gens qui veulent nous voir disparaître. Or, je ne demande pas aux véganes de disparaître. Chacun a le droit d’avoir propre son mode de vie.

Les abattoirs d’Alès, dont les images d’abattage étaient violentes, ont été condamnés à une faible amende, 1.200 euros. Ça vous inspire quoi par rapport aux condamnations de gens qui combattent aussi contre ces excès ?

Ce sont deux choses différentes. D’un côté, dans certains abattoirs, on est en face de fautes qui ne doivent pas se reproduire. Il faut mieux former les gens. Le bien-être animal est voulu par tout le monde, et c’est normal de sanctionner quand il y a faute. L’objectif est que ça ne se reproduise pas. De l’autre, on juge des voyous, des terroristes.

Vous considérerez que c’est du terrorisme…

On a le droit de manifester et de revendiquer ses idées, mais quand on fait passer ses idées par la violence, c’est du terrorisme.

La société tient à devenir de plus en plus végétarienne, comment les bouchers vivent ce phénomène ?

C’est vrai que depuis dix ans, on constate une baisse de 12 % de la consommation de la viande. Mais c’est surtout le modèle industriel que les gens rejettent. On les voit revenir chez nous, les artisans bouchers. Il nous demande des conseils de cuisine et une traçabilité de la viande. L’artisanat ne connaît pas de baisse de l’activité, au contraire. En revanche, l’industrie va devoir revoir sa copie.