Pic de pollution: 15 mesures à prendre pour lutter enfin efficacement contre la pollution dans les Hauts-de-France

ENVIRONNEMENT La région a dépassé ce mardi pour le septième jour d'affilée le seuil réglementaire pour les particules en suspension. Un triste record contre lequel il faut se battre plus efficacement

Francois Launay

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La ville de Lille sous une chape de pollution le 14 mars 2014
La ville de Lille sous une chape de pollution le 14 mars 2014 — Philippe Huguen AFP
  • C’est un scandale sanitaire qui ne dit pas son nom. Chaque année, dans la métropole lilloise, 2.000 personnes meurent à cause de la pollution de l’air.
  • Alors que la région traverse ce mardi un septième jour d’affilée de pollution aux particules fines (un record), 20 Minutes passe en revue 15 solutions pour lutter efficacement contre ce fléau.

C’est le genre de record dont la région n’a pas envie de se vanter. Mardi 23 avril, pour le 7e jour d’affilée, le Nord et le Pas-de-Calais  ont dépassé le seuil réglementaire pour les particules en suspension. En clair, on respire de plus en plus mal dans les Hauts-de-France au point que certains n’hésitent plus à parler de véritable scandale sanitaire.

Avec 1.700 à 2.400 décès par an liés directement à la pollution rien que dans la métropole lilloise, il y a urgence à agir. Via des mesures comme la circulation différenciée ou encore l’abaissement de vitesse sur le périphérique lillois, les autorités commencent tout doucement à agir. Même s’il reste énormément à faire pour lutter efficacement contre ce fléau.

20 Minutes passe en revue quinze pistes à creuser dans les quatre secteurs responsables de la pollution aux particules fines (trafic automobile, industrie, agriculture et mode de chauffage chez les particuliers).

1) Rendre les transports en commun gratuits pendant les pics de pollution

Les transports en commun ne sont jamais gratuits dans la métropole lilloise pendant les pics de pollution. La MEL (Métropole Européenne de Lille) préfère mettre en place un Pass environnement à 1,65 Euros, valable toute la journée mais pas forcément incitatif pour celui qui hésite encore à laisser sa voiture au garage.

Damien Castelain, président de la Métropole de Lille, inaugure les portillons de sécurité du métro, le 30 novembre 2017.
Damien Castelain, président de la Métropole de Lille, inaugure les portillons de sécurité du métro, le 30 novembre 2017. - G. Durand / 20 Minutes

2) Améliorer le réseau de transport en commun en créant de nouvelles lignes

Cette piste est en réflexion depuis plusieurs mois à la MEL. Si tout le monde est d’accord sur le fond, les élus ne sont pas encore unanimes sur la forme. Certains veulent créer des lignes de tramway supplémentaires, d’autres pensent prolonger la ligne de métro jusqu’à Lesquin et il y en a même qui penchent pour un téléphérique urbain.

Bref, il y a encore besoin de discuter et surtout de trouver les fonds nécessaires à ces nouvelles lignes. On parle de plusieurs milliards d’euros qui pourraient être apportés par des fonds européens ou via des fonds écologiques ou « green bonds » soit des emprunts obligataires émis sur les marchés financiers par la collectivité locale.

Illustration d'un bus Ilévia de la Métropole de Lille.
Illustration d'un bus Ilévia de la Métropole de Lille. - G. Durand / 20 Minutes

3) Augmenter les couloirs de bus et les pistes cyclables et diminuer la place de la voiture en ville

Pour éviter d’être bloqués dans les bouchons, cyclistes et bus aimeraient avoir plus de couloirs réservés en ville. Si le nouveau plan de circulation instauré à Lille depuis deux ans va dans le bon sens à ce niveau-là, il reste encore beaucoup à faire. « Il faut rendre les bus plus rapides et le vélo plus sécurisé pour inciter les gens à changer leur mode de déplacement », explique Christopher Liénard, président de l’association Les Amis de la Terre-Nord. 

Un vélo sur une piste cyclable à contre-sens à Lille.
Un vélo sur une piste cyclable à contre-sens à Lille. - M.Libert/20 Minutes

4) Etendre la circulation différenciée dans la métropole lilloise et renforcer les contrôles

Mise en place à cinq reprises depuis le début de l’année, la circulation différenciée (où seuls certains véhicules équipés d’une vignette peuvent circuler) ne concerne que douze communes de la métropole lilloise. Pour les autres villes, rien n’est prévu. Par exemple des villes très peuplées de la métropole comme Roubaix, Tourcoing ou Villeneuve d’Ascq ne font pas partie du périmètre. Par ailleurs, la mesure est facilement contournable car les contrôles de vignettes ne sont pas systématiques.

Une vignette Crit'Air.
Une vignette Crit'Air. - O.Aballain / 20 Minutes

5) Relancer des lignes ferroviaires et désengorger la gare Lille-Flandres

Pour les gens qui habitent loin et viennent travailler en voiture dans la métropole lilloise, relancer des lignes ferroviaires pourrait les inciter à prendre plus souvent le train.

« Même si on n’en prend pas le chemin, il faudrait accroître le réseau TER. Il faudrait mettre aussi en place une sorte de réseau RER en utilisant la boucle ferroviaire lilloise pour ne pas que les trains soient tous obligés d’aller à Lille-Flandres. On pourrait ainsi créer une gare à Porte des Postes (au sud de Lille) et permettre de désengorger Lille-Flandres en ayant des trains tous les quarts d’heure », explique Jérémie Crépel, conseiller municipal Europe Ecologie les Verts à Lille.

Illustration d'un TER de la SNCF en gare de Lille Flandres.
Illustration d'un TER de la SNCF en gare de Lille Flandres. - M. Libert / 20 Minutes

6) Développer le ferroutage pour les poids lourds

Saturées par les poids lourds qui vont ou viennent de Paris pour se rendre à Lille voire dans le Nord de l’Europe, les autoroutes de la région (A1, A2, A25, A16…) ont un trafic routier très important. Pour le limiter et faire diminuer la pollution atmosphérique, le recours au ferroutage (on met les camions sur des trains) pourrait être une solution. Et il y a encore beaucoup à faire. En France, le ferroutage représente moins de 1 % du transport de marchandises.

La ligne de ferroutage qui relie le Luxembourg à Perpignan
La ligne de ferroutage qui relie le Luxembourg à Perpignan - Lorry-Rail

7) Créer des voies de covoiturage sur l’autoroute

Favoriser le covoiturage pour désengorger le trafic autoroutier. Une mesure pas si contraignante à condition de créer des voies dédiées et facilement contrôlables, histoire d’éviter les abus.

« Sur l’A1, si on était 1,5 passager par voiture en moyenne, il n’y aurait plus de bouchons. Ça permettrait aussi de diminuer beaucoup la pollution. On pourrait contrôler le nombre de passagers par voiture avec les caméras situées dans les portiques qui auraient dû servir pour l’écotaxe et qui n’ont pas été démontés », assure Jérémie Crépel.

Aux Etats-Unis (ici en Californie), des voies sont réservées au covoiturage.
Aux Etats-Unis (ici en Californie), des voies sont réservées au covoiturage. - Getty images

8) Instaurer des zones interdites toute l’année aux véhicules polluants en centre-ville

Cette idée est déjà appliquée en Belgique dans des villes comme Anvers ou Bruxelles mais aussi à Londres où certaines zones du centre-ville sont interdites toute l’année aux véhicules les plus polluants. L’idée serait en train de faire son chemin dans la métropole lilloise mais aussi en région parisienne.

Une zone de basses émissions dans une rue de Londres
Une zone de basses émissions dans une rue de Londres - Matthew Chattle/REX//SIPA

9) Faire une communication plus agressive sur le sujet

A chaque pic de pollution la préfecture recommande aux personnes sensibles d’éviter de gros efforts. Mais globalement, les messages d’information ne sont pas légion et passent souvent inaperçus alors que le sujet est préoccupant.

« Il faudrait une parole publique forte. Elle n’est pas suffisante aujourd’hui. A chaque pic de pollution, il faudrait qu’il y ait des affichages partout. Il faut communiquer plus largement sur les taux de pollution auxquels la population est exposée. Il faudrait aussi des mesures symboliques fortes prises par les collectivités comme des prises de parole régulières dans les médias », assure Christopher Liénard.

Des panneaux d'alerte de pollution atmosphérique à Lille.
Des panneaux d'alerte de pollution atmosphérique à Lille. - M.Libert/20 Minutes

10) Changer les mentalités des décideurs politiques

Si les sujets environnementaux sont pris de plus en plus au sérieux ces dernières années, il reste encore du chemin à parcourir chez certains décideurs politiques, selon Christopher Liénard, qui s’appuie sur deux exemples récents dans la métropole lilloise :

« Le nouveau plan local d'urbanisme de la MEL prévoit un étalement urbain du même ordre qu’il y a vingt ans c’est-à-dire de nouvelles constructions sur des terrains agricoles. Comme s’il n’y avait pas eu d’enjeux climatiques depuis. Et puis, il y a aussi le projet de la piscine olympique à Saint-Sauveur qui va être construite dans l’une des zones les plus polluées de la ville. »

Le beffroi de la mairie de Lille
Le beffroi de la mairie de Lille - M.Libert/20 Minutes

11) Lancer un grand plan d’isolation des logements

Utilisés dans de nombreux logements de la région, les chauffages au charbon, au fuel ou au bois sont l’une des causes de la pollution aux particules fines. Pour réduire son impact, il faudrait isoler le mieux possible les logements. Il y a quelques années, les élus écologistes de la région avaient développé cette idée sans qu’elle soit poursuivie.

« L’idée était qu’une société d’économie mixte avance de l’argent aux ménages pour qu’ils puissent isoler leur logement. Le ménage rembourse ensuite grâce aux économies d’énergie réalisées. Et les remboursements effectués permettent de prêter à d’autres ménages pour qu’ils puissent isoler à leur tour leur logement. Tout ça crée une boucle vertueuse », détaille l’élu écolo Jérémie Crepel.

Illustration d'un remplissage de chaudière au fioul.
Illustration d'un remplissage de chaudière au fioul. - D. Closon / SIPA

12) Interdire les rejets des usines dans l’atmosphère le jour des pics de pollution

L’activité industrielle est aussi un facteur important de pollution dans la région et en particulier sur le littoral. Pour lutter contre cela, il y a une mesure punitive efficace mais qui aurait l’inconvénient de mettre des gens au chômage technique. « C’est difficile car on embête l’économie. Mais il faudrait interdire les rejets des usines dans l’atmosphère le jour des pics de pollution », affirme Jérémie Crépel.

13) Mettre en place des filtres qui bloquent la dispersion des particules

Pour limiter les rejets des usines dans l’atmosphère, des filtres capables de bloquer les émissions de particules pourraient être mis en place dans les usines. « Il faut accompagner les industries pour diminuer leurs rejets », espère Jéremie Crepel.

Une usine photographiée le 16 juillet 2015 dans un quartier périphérique de Dunkerque
Une usine photographiée le 16 juillet 2015 dans un quartier périphérique de Dunkerque - DENIS CHARLET AFP

14) Interdire les épandages de pesticides dans les champs pendant les pics de pollution

A cause des épandages de pesticides dans les champs, l’agriculture émet des poussières en suspension et joue un rôle important dans la pollution atmosphérique. Interdire les épandages les jours où la qualité de l’air est dégradée serait donc une mesure efficace. Mais pas forcément acceptable pour les agriculteurs.

Illustration d'un épandage de pesticides.
Illustration d'un épandage de pesticides. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

15) Planter des arbres en ville

L’idée peut faire sourire tant elle paraît simple à mettre en œuvre. Mais planter des arbres en ville a une réelle efficacité contre la pollution atmosphérique. « Le couvert végétal bloque la pollution des particules fines et sert de protection. Avoir des ceintures forestières près des axes de transport est efficace et protecteur », assure Jérémie Crepel. Comme quoi, lutter contre la pollution n’est pas forcément toujours très compliqué…

 

Un arbre. (Illustration)
Un arbre. (Illustration) - Veda Jo Jenkins/Shutter/SIPA