Le docu «Grèves des mineurs de 1963, merci papa!» retrace l'élan de solidarité envers leurs enfants

TELEVISION L'accueil de 23.000 enfants de mineurs, en 1963, par des familles inconnues est retracé dans un documentaire diffusée sur France 5, dimanche soir

Gilles Durand

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Fabienne Gougi, fille de la famille d'accueil de Patrick Hary, fils de mineur de Vieux-Condé, dans le Nord.
Fabienne Gougi, fille de la famille d'accueil de Patrick Hary, fils de mineur de Vieux-Condé, dans le Nord. — Dreamway Productions
  • France 5 diffuse, dimanche soir, un documentaire sur l’accueil d’enfants de mineurs de fond par des familles de toute la France, lors des grèves de l’hiver 1963.
  • Le film replonge les protagonistes de l’époque dans les souvenirs en les faisant se retrouver, plus de 50 ans plus tard.
  • Près de la moitié des enfants envoyés en famille d’accueil étaient du Nord et du Pas-de-Calais.

C’est un vaste élan de solidarité comme la France sait en produire. Le documentaire Grèves des mineurs de 1963, merci papa !, diffusé, dimanche 21 avril, à 22h35, sur France 5, revient sur l’accueil d’enfants de mineurs par des familles inconnues, en mars 1963. Le film* capte les retrouvailles des protagonistes de l’époque, dont certains Nordistes, avec une émotion profonde.

En 1963, en plein hiver particulièrement froid, les mineurs de fond conduisent leur dernière grande grève nationale. Ceux qu’on appelle les « gueules noires » craignent de violentes représailles, comme en 1948. C’est pourquoi, en mars, 23.000 de leurs enfants (12.000 du Nord-Pas-de-Calais) vont être accueillis pendant quelques jours par des familles inconnues pour être mis à l’abri.

« On était content de partir en vacances »

Plus de 50 ans plus tard, cette page de l’histoire est retracée par ceux qui l’ont vécue. « On était content de partir en vacances. Mais à 8 ans, ça nous faisait bizarre », se souvient Patrick, dont le père était mineur à Vieux-Condé, près de Valenciennes. Sa famille d’accueil se trouvait à Malakoff (Hauts-de-Seine) où il n’est jamais retourné.

Départ des enfants de mineurs du Nord -Pas-de-Calais en mars 1963.
Départ des enfants de mineurs du Nord -Pas-de-Calais en mars 1963. - CGT UD Le Havre

Aussi lorsqu’il revoit Fabienne, l’affection les étrangle tous deux. « Je suis resté seulement 15 jours, mais ça m’a paru très long », sourit-il. Pour la plupart de ces enfants, habitués à la rudesse de l’existence, ce séjour fait figure de parenthèse enchantée. « C’était de la joie et du bonheur. On n’en avait pas beaucoup, à ce moment-là ».

Emotion et anecdotes poignantes

Un autre a été accueilli par un prêtre « très ouvert d’esprit ». Un autre, encore, par une famille aisée. « Ici, j’avais ma chambre à moi tout seul et on s’occupait de moi, avoue le sexagénaire. A la maison, c’est moi qui devais m’occuper de mes frères tout le temps. »

Patrick Hary et ses frères, dans les rues de Vieux-Condé, dans le Nord (extrait du documentaire «Grève des mineurs de 1963, merci papa!».
Patrick Hary et ses frères, dans les rues de Vieux-Condé, dans le Nord (extrait du documentaire «Grève des mineurs de 1963, merci papa!». - Dreamway Productions

A travers les témoignages et certaines images d’archives en 8 mm, ce temps suspendu réapparaît, empreint de beaucoup d’émotion et d’anecdotes poignantes. Ainsi sont nées de belles histoires d’amitié, voire, pour Patrick, des amours d’enfants conclues par un mariage fictif à l’église. Peut-être le récit le plus poignant de ce petit morceau d’Histoire rangé dans la mémoire collective.

* Réalisé par Remi Benichou et produit par Dreamway Productions.