Nord: Tout savoir sur l'histoire de la langue ch'ti grâce à un documentaire de France 3

TELEVISION France 3 programme, lundi soir, le documentaire «Comme on parle din ch’Nord», où il est question de l’histoire de la langue picarde

Gilles Durand

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Extrait du documentaire «Comme on parle din ch'Nord», diffusé sur France 3.
Extrait du documentaire «Comme on parle din ch'Nord», diffusé sur France 3. — Réal productions
  • Le documentaire « Comme on parle din ch’Nord » raconte comment l'histoire de la langue picarde et sa disparition progressive.
  • France 3 Hauts-de-France diffuse, lundi soir, ce documentaire réalisé par Jean-François Delassus.
  • Le film donne la parole à ceux qui tentent de faire exister la langue ch'ti.

Pas de Dany Boon pour accentuer le trait. Mais une volonté de réhabiliter la langue picarde, baptisée « ch’timi » par les Français lors de la Première Guerre mondiale. Qu’on le nomme patois dans le Pas-de-Calais ou rouchi à Valenciennes, le picard est à l’honneur dans le documentaire Comme on parle din ch’Nord, diffusé, lundi soir, sur France 3 Hauts-de-France, après le Soir 3.

Plus ancien que le français

Le réalisateur Jean-François Delassus, à qui on doit 14-18, Le bruit et la fureur, se penche sur l’histoire et la popularité de cette langue, plus ancienne que le français, mais qui tend à disparaître, faute de locuteurs.

« La langue est une question politique. Si Hugues Capet, alors roi de France au 10e siècle, était resté à Noyon, au lieu de partir à Paris, à mon avis, le picard aurait été langue nationale », explique Jean-Marie Braillon, auteur d’un dictionnaire picard.

D’ailleurs, au 13e siècle, la Picardie est la région la plus riche du monde, comme en témoigne la construction des cathédrales. « A l’époque, il était chic d’écrire en picard », rappelle Jean-Marie Braillon.

Le picard doit de réfugier à la campagne

Les temps ont changé et le ch’ti, de nos jours, « fait vulgaire », « bouseux », comme l’avoue un Nordiste. « Quand on était jeune, on était puni si on parlait patois. Et difficile de trouver du boulot en s’exprimant si mal », relance un autre.

Ce repli de la langue picarde s’explique par l’Histoire. Lorsque le royaume de France s’agrandit, le français devient langue officielle pour rédiger les actes d’état civil. A partir de ce moment-là, le picard doit se réfugier à la campagne. Il n’en sortira qu’avec la révolution industrielle. Le monde ouvrier, issu du monde rural, adopte le picard.

Or, ces deux mondes s’éteignent peu à peu et la langue meurt doucement. Les raisons ? Trop de proximité avec le français et un manque de travail académique. « Il n’y a plus de lieux où pratiquer le picard. Les agriculteurs n’ont plus que leurs vaches pour le parler », lance un témoin.

Le phénomène Bienvenue chez les ch’tis

Il y a bien eu le phénomène Bienvenue chez les ch’tis et ses 18 millions d’entrées pour redorer le blason du parler patois. La moquerie a pu laisser place à la sympathie. De même, les succès d’édition des albums d’Astérix et de Tintin en picard prouvent une certaine nostalgie.

Produite par Réal productions, cette plongée dans une langue, à travers ceux qui tentent de la faire exister, est passionnante. Mais attention, si vous n’avez pas baigné dans ce langage et ses intonations si particulières, vous risquez d’avoir besoin des sous-titres pour comprendre. Avec le risque de finir « comme un ver eud' terre qui a pris un coup de louchet su s’tiête* ».

* Un ver de terre qui a reçu un coup de pelle sur la tête.

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