VIDEO. Nord: Et si la pénurie d'eau provoquait des problèmes en cascade?

AVENIR MOROSE L'arrêté préfectoral d'alerte sécheresse, pris dès le mois d'avril dans le Nord, pose de sérieuses questions pour l'avenir

Gilles Durand

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Illustration de la sécheresse dans le Nord (Archives)
Illustration de la sécheresse dans le Nord (Archives) — M.LIBERT/20 MINUTES
  • La préfecture du Nord a pris des mesures pour limiter la consommation d’eau, à cause de la sécheresse qui sévit.
  • Le réchauffement climatique pourrait rendre de plus en plus problématique la recharge des nappes phréatiques dans les années à venir.
  • Les problèmes de pollution d’eau et d’irrigation des cultures risquent de se poser.

En manque d’eau. Le préfet du Nord vient de signer, mardi 9 avril, un arrêté d’alerte sécheresse pour le département. Oui, vous avez bien lu : le Nord souffre déjà de sécheresse au début du printemps. Voilà plus de deux ans que le déficit chronique de pluie réduit la nappe phréatique. Une situation singulière qui présage de mauvaises nouvelles.

Des prévisions inquiétantes

C’est un hydrogéologue qui le dit : la recharge des nappes phréatiques se fera, sans doute, de plus en plus difficilement à l’avenir. On prévoit, d’ici à 2070, un déficit situé entre 6 et 46 %. En cause, le changement climatique.

« Une étude sur les conséquences dans les cinquante années à venir montre une baisse de la pluviométrie et une évapotranspiration plus importante due à l’augmentation des températures », note Marc Parmentier, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) installé à Lezennes, près de Lille. Résultat, il va falloir apprendre à moins gaspiller l’eau et trouver de nouvelles solutions de stockage.

Une eau de moins bonne qualité ?

Les distributeurs d’eau comme Suez, Veolia ou Noréade émettent tous le même « constat de tension » à propos des ressources d’eau dans le département. « Nous sommes en rupture dans certaines communes du Cambrésis », témoigne même Noréade. Avec un effet ciseaux inquiétant. « La consommation augmente en cas de sécheresse : + 2 %, ces deux dernières années », prévient Sourcéo, le producteur d’eau de la Métropole de Lille.

La solution serait d’aller chercher l’eau plus profondément, mais cela peut avoir des conséquences sur la concentration en perchlorate et en nickel. L’Agence de l’eau a prévu d’investir 200 millions les six prochaines années pour permettre d’améliorer l’interconnexion entre les zones de captage. Reste que si toutes les zones baissent, l’approvisionnement sera toujours compliqué.

Un défi pour l’agriculture

Une équation à plusieurs inconnues va rapidement se poser. Alors que les prévisions évoquent une eau de plus en plus rare, l’industriel McCain réclame, dans son cahier des charges, la moitié de pommes de terre issues de culture irriguée. Sachant que les producteurs nordistes en fournissent actuellement 30 %, comment atteindre les 50 % alors que l’irrigation agricole risque d’être de plus en plus restreinte ?

« C’est un enjeu économique nécessaire. L’agroalimentaire représente 7 % des emplois régionaux », plaide le Syndicat des irrigants Nord-Pas-de-Calais qui rappelle que l’irrigation « ne représente que 1,7 % de la consommation d’eau dans le département ». Une solution ? C’est Suez qui la propose : « Il faut étudier la possibilité d’utiliser des eaux usées dans l’industrie ou l’agriculture ».