Hauts-de-France: Un roman-photo consacré aux habitants de Denain raconte la France des oubliés

SOCIETE Avec « les racines de la colère », le photo-journaliste Vincent Jarousseau raconte le quotidien de huit familles de Denain, l’une des villes les plus pauvres de France

Francois Launay

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Loïc fait partie des Denaisiens à l'affiche du livre
Loïc fait partie des Denaisiens à l'affiche du livre — Vincent Jarousseau
  • Dans un roman-photo social et politique, le photographe Vincent Jarousseau raconte la France des oubliés à travers huit familles de Denain.
  • On y découvre leurs difficultés pour trouver un emploi, pour se déplacer ou pour vivre dignement.
  • Un livre-documentaire qui fait écho au mouvement des Gilets Jaunes dans l’une des villes les plus pauvres de France.

Ils s’appellent Loïc, Michael, Fatma, Christian ou Adrien. Ils travaillent à plein temps, en intérim, sont sans emploi ou handicapés. Ils ont tous comme point commun de vivre à Denain, l’une des villes les plus pauvres de France avec un taux de chômage de 35 % et un taux de pauvreté de 45 %.

Pendant deux ans, le photo-journaliste Vincent Jarousseau a partagé leur quotidien en se rendant deux semaines par mois dans la commune du Nord. Il raconte son expérience dans un livre documentaire Les Racines de la Colère (éditions les Arènes) qui parle de « cette France qui n’est pas en marche » (le sous-titre du livre) par opposition à la France des premiers de cordée chers à Emmanuel Macron.

Christian touche l'allocation adulte-handicapé
Christian touche l'allocation adulte-handicapé - V.Jarousseau

Un roman-photo qui permet d’entrer dans le quotidien des gens de Denain

« Quand je suis arrivé à Denain en pleine campagne présidentielle il y a trois ans, je ne savais pas si j’allais faire un livre. Mais en m’y rendant régulièrement, le projet a mûri. Il y avait une telle distorsion entre les valeurs incarnées par Emmanuel Macron  et les personnes présentes sur ce territoire de Denain. Je trouvais intéressant de documenter cette distorsion », explique Vincent Jarousseau.

Et pour rendre son travail le plus proche possible de la réalité, le photographe a choisi la forme du roman-photo. De quoi entrer vraiment dans le quotidien des huit familles que le photographe a décidé de suivre.

« On a l’image des personnes et la restitution de leurs paroles. Je propose d’emmener le lecteur chez ces personnes pour lui donner l’impression d’être avec elles en profondeur. Cette association de l’image et de la parole permet cela »

Michaël est chauffeur-routier. Il fait a route entre Denain et l'Allemagne tous les jours
Michaël est chauffeur-routier. Il fait a route entre Denain et l'Allemagne tous les jours - V. Jarousseau

La question de la mobilité au centre du livre

Pendant deux ans, joies simples et galères sont racontées par des familles qui n’ont pas été forcément choisies au hasard. « L’idée était d’être assez fidèle à la sociologie de la ville. Il y a une grosse moitié des gens qui travaille, des gens qui sont dans l’entre-deux (formation, intérim) et des gens qui ne travaillent pas du tout. Il y a aussi une diversité en âge et en origines. J’ai vu beaucoup de familles, j’ai fait des choix et au final j’ai toujours eu envie de mettre en avant quelque chose de positif ».

Jean-Yves parcourt la France et le monde pour travailler
Jean-Yves parcourt la France et le monde pour travailler - V.Jarousseau

A la fois livre politique, social et anthropologique, Les racines de la colère donne aussi un regard sur la question de la mobilité dans le travail. « C’est une question emblématique d’une certaine philosophie néo-libérale qui consiste à considérer que les gens doivent se bouger. Mais ce n’est pas toujours la solution pour tout le monde. Certains n’iront pas à travailler à Lille parce que ça represente un coût, un autre fera sans problème l’aller-retour entre la France et l’Allemagne tous les jours », poursuit Vincent Jarousseau.

Christian essaie d'aller à la mer une fois par an
Christian essaie d'aller à la mer une fois par an - V.Jarousseau

« Ce livre est une façon d’essayer de mieux comprendre le pays »

Loin des clichés, on comprend mieux le quotidien et les choix de cette France des oubliés si souvent caricaturée. On comprend aussi pourquoi le mouvement des Gilets Jaunes, qu’ils soutiennent tous à des degrés divers, a pu se développer entre précarité et petites phrases mal ressenties.

« C’est en racontant les choses dans le détail et au quotidien qu’on peut ressentir les besoins réels des gens. C’est aussi un message pour les premiers de cordée : ce livre est aussi une façon d’essayer de mieux comprendre le pays dans sa réalité et dans sa diversité », conclut Vincent Jarousseau qui retournera ce samedi à la médiatèque de Denain (16h) pour offrir son livre à tous ces personnages de Denain mis en lumière pour la première fois de leur vie.