Hauts-de-France: L'aventure des ex-ouvrières de Samsonite au festival d'Avignon est devenue un film

DOCUMENTAIRE Leur lutte sociale est devenue une pièce de théâtre qui a connu un grand succès en juillet 2018 au festival d’Avignon. Un documentaire retrace cette belle aventure

Propos recueillis par Francois Launay

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Les ex-Samsonite ont brillé sur les planches d'Avignon
Les ex-Samsonite ont brillé sur les planches d'Avignon — Atmosphère Théâtre
  • Licenciées de leur usine en 2007, des ex-ouvrières de Samsonite ont porté l'histoire de leur lutte sociale sur les planches de théâtre. 
  • Une aventure qui les a menées jusqu'au festival d'Avignon l'été dernier. 
  • Un documentaire retraçant cette belle histoire vient de sortir. La réalisatrice Hélène Desplanques dévoile les coulisses à 20 Minutes

En douze ans, elles auront tout connu. Le pire comme le meilleur. Licenciées de Samsonite du jour au lendemain en 2007, les ouvrières de l’usine Hénin-Beaumont se mobilisent depuis sans relâche pour faire reconnaître leurs droits. Cette lutte sociale à la David contre Goliath, qui n’est pas encore terminée, a été portée sur les planches il y a trois ans.

La pièce de théâtre « On n'est pas que des valises», dans laquelle jouent sept anciennes ouvrières, a connu le succès au point d’être sélectionnée au festival d’Avignon l’été dernier. Une histoire que la réalisatrice lilloise Hélène Desplanques  qui a déjà réalisé en 2009 un premier documentaire sur l’histoire des Samsonite a décidé de porter à l’écran. Elle raconte à 20 Minutes l’histoire de La Cour d’Honneur  (produit par les Docs du Nord) diffusé en avant-première ce mardi 12 mars aux ex-ouvrières avant une diffusion sur la chaîne locale lilloise Wéo en mai.

Comment la pièce de théâtre s’est retrouvée au festival d’Avignon ?

Ce n’était pas gagné du tout et c’était même une folie. Quand on est sélectionné au festival off d'Avignon avec un spectacle, il faut trouver tout le financement pour se produire à savoir 100.000 euros. On était 25 personnes pour 25 jours. C’était donc une sacrée organisation. On a trouvé un logement en dortoirs dans un lycée agricole de Carpentras pour un prix raisonnable.

Et heureusement, on a eu très vite l’aide financière du conseil régional des Hauts-de-France. Ensuite, d’autres partenaires nous ont rejoints comme le département du Pas-de-Calais et la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin. On a aussi eu un partenariat avec la brasserie d’Escquelbecq ce qui nous a permis de partir avec 150 bouteilles de bière pour le séjour (rires). Au total, ça nous a pris six mois pour trouver le financement. Mais en arrivant à Avignon, il nous manquait encore de l’argent. Heureusement, on a eu un succès public et critique extraordinaires ce qui nous a permis de faire le plein et de boucler le budget grâce à la billetterie. C’était du pur système D.

Quand on voit ces ex-ouvrières débarquer dans un festival élitiste, cela ressemble-t-il à la lutte des classes ?

Totalement. Ça a beaucoup marqué les ouvrières. Elles ont découvert beaucoup de choses là-bas à plein de niveaux. Elles se sont vite rendu compte qu’il n’y avait pas beaucoup de gens comme elles. Le public du festival d’Avignon est très homogène, très intellectuel. Il y a très peu d’ouvriers, de classes populaires. Il y a un vrai problème de mixité. Mais c’est un constat qu’on peut faire partout : dans les salles de théâtre, d’opéra, de concert…

Le succès était au rendez-vous
Le succès était au rendez-vous - Atmosphère Théâtre

Malgré tout, la pièce a eu un grand succès et les ouvrières ont aussi appris des choses au contact de comédiens professionnels. Contrairement à ce qu’elles pouvaient penser, elles ont constaté que les gens bossaient dur dans le milieu du spectacle vivant, que beaucoup de gens n’avaient pas de moyens. De la même façon que les intellos peuvent avoir des préjugés sur les ouvriers, l’inverse est vrai aussi. Mais c’est normal. Si les gens ne se côtoient pas, ils ne se connaissent pas.

Huit mois après, que retiennent-elles de cette aventure ?

Ça a été un moment très fort et pas toujours évident. Dans le film, on voit des moments qui montrent que ce n’est pas facile tous les jours de vivre en communauté pendant aussi longtemps. Chacun doit faire des efforts. Mais aujourd’hui, elles sont très fières de ce qu’elles ont fait au point qu’elles vont repartir pour une tournée de dix jours en Occitanie cet été.

Depuis Avignon, le mouvement des « gilets jaunes » a émergé en France. Est-ce que ça fait écho à leur lutte ?

Certaines ouvrières sont devenues « gilets jaunes ». Ce qui est normal car c’est un mouvement « cousin ». Elles ont eu un tel sentiment d’abandon quand l’usine a fermé. Et si elles luttent depuis plus de dix ans, c’est pour ne surtout pas disparaître de la carte. Faire des films, des pièces de théâtre, c’est aussi une façon de continuer à dire qu’on existe.

C’est pareil pour les « gilets jaunes » qui manifestent depuis 17 semaines. Même si pour les ouvrières, ce n’est pas nouveau de se battre, ce n’est pas quelque chose qu’elles découvrent. Elles ne sont pas politiques au sens des partis, mais elles le sont au sens large. Elles trouveront toujours positif les gens qui se lèvent et qui se bougent pour faire entendre leur voix et faire valoir leur droit à la dignité.