Hauts-de-France: La diminution des dessertes TGV dans les villes moyennes fait bondir élus et usagers

TRANSPORTS A partir de décembre 2019, de nombreuses liaisons TGV  directes entre les villes moyennes de la région et Paris vont être supprimées

François Launay
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Un TGV sur une voie (illustration
Un TGV sur une voie (illustration — G. VARELA / 20 MINUTES
  • La SNCF rencontre actuellement les élus de la région pour leur annoncer la diminution des dessertes TGV dans les villes moyennes.
  • Un choix économique qui ne passe pas et provoque la fronde de nombreux édiles inquiets de la perte d’attractivité de leur territoire.

Pancartes à la main, écharpes tricolores sur le torse, plusieurs élus de la région se sont retrouvés jeudi 7 février sur le parvis de la gare de Douai. Pas de ruban à couper ni de délégation à accueillir. Non, si une centaine de personnes a fait le déplacement dans la ville nordiste, c’est pour témoigner d’une grosse inquiétude et d’une fronde qui grandit. Pour le montrer, une pancarte « Douai veut garder ses TGV » a même été accrochée sur le fronton de la gare.

Dans le viseur des mécontents se trouve la SNCF. Si rien n’est encore officiel, il se murmure que le transporteur ferroviaire s’apprête à supprimer de nombreuses dessertes directes de plusieurs villes moyennes de la région vers Paris.


Finis les trajets directs, vivent les correspondances !

Exemple à Douai et à Valenciennes où quatorze trains partent et reviennent de Paris tous les jours (7 allers-retours). A partir de décembre prochain, tout pourrait changer pour les usagers. Finis les trajets directs, dans la plupart des cas il faudra descendre du train à Arras ou Lille pour prendre une correspondance vers les autres villes.

« C’est un retour en arrière et c’est très pénalisant pour des villes moyennes. Si vous avez un TGV ou un TER en retard, vous louperez votre correspondance et vous resterez plantés sur le quai de la gare. Ce n’est pas attractif comme système », s’alarme Gilles Laurent, président de l’Union des Voyageurs du Nord (UVN).

La SNCF reconnaît que des changements se préparent

Même désarroi chez Franck Dhersin, vice-président (Divers Droite) en charge des transports au conseil régional des Hauts-de-France. « La SNCF va faire des hubs à Lille et Arras et concentrer ses liaisons directes vers Paris sur ces deux villes. Toutes les villes annexes, si elles veulent des TGV directs, devront venir les prendre à Lille ou Arras. Désormais il va falloir changer de train et changer de gare, ce n’est plus du tout la même chose »


Interrogée sur le sujet, la SNCF n’infirme ni ne confirme les informations. Même si elle reconnaît que des changements se préparent. « Pour 2020, la desserte ferroviaire en région vise à développer la mobilité via TER, TERGV et TGV et, ainsi, offrir sur chaque axe la desserte qui correspond le mieux aux déplacements, en Hauts-de-France. Dans le cadre de cette évolution des dessertes ferroviaires, la SNCF rencontre les élus ainsi que les maires des villes concernés par les dessertes TGV. La SNCF leur réserve la primeur de l’information ».

Les dessertes TGV directes actuelles dans le Nord
Les dessertes TGV directes actuelles dans le Nord - SNCF

Un immense coup dur pour l’attractivité des villes moyennes

Si la suppression de 75 à 80 % des dessertes directes vers Paris est évoquée, personne ne sait encore vraiment à quelle sauce chacun va être mangé. Au-delà du cas de Douai et Valenciennes, des villes comme Lens, Béthune, Calais, Boulogne, Dunkerque ou encore Hazebrouck vont aussi être concernées. Un coup dur en termes d’attractivité économique déplore Frédéric Chéreau, le maire socialiste de Douai.


« Les villes du bassin minier sont des villes agréables à vivre mais elles souffrent encore d’une mauvaise image. On peut tout y trouver mais il faut qu’on arrive à se vendre, à convaincre les gens, les cadres, les chefs d’entreprise ou encore ceux qui ont l’habitude de la métropole lilloise de venir cher nous. Si demain, il n’y a plus de desserte TGV, ils ne viendront pas. Pour une ville comme la nôtre, c’est tout simplement une question de vie ou de mort », assure l’élu.

Les internautes, interrogés sur notre page Facebook, ne disent pas autre chose à, l’image d’Eric. « Ça craint. Je fais beaucoup de déplacements et je vais sûrement devoir dormir à l’hôtel. Les territoires ruraux vont encore en pâtir »

Un choix dicté par des raisons économiques

Reste à savoir pourquoi la SNCF opère ce retour en arrière. Depuis plus de 25 ans, l’ensemble des villes moyennes du Nord sont reliées directement à Paris via le TGV. Mais la réalité économique semble avoir pris le pas sur l’aménagement du territoire.

Avec 35 milliards d’euros de dettes, le transporteur public doit faire des économies. Et tape partout où il estime que la rentabilité n’est pas bonne. Un argument qui ne convainc pas les élus qui n’ont pas réussi à obtenir de la SNCF les chiffres de fréquentation de ces lignes

« Il y a sans doute des choses à négocier mais on ne nous donne pas de chiffres concrets. Le transport public est déficitaire par nature comme l’hôpital public. Il y a un déficit acceptable. Mais là, ils vont beaucoup trop loin dans la recherche de profits. C’est l’abandon même de la politique de transports publics », regrette Franck Dhersin qui rappelle que la région se substitue déjà depuis plusieurs années à l’Etat pour financer la rénovation des lignes secondaires.

Le double discours de l’Etat concentre les critiques

Car au-delà de la SNCF, c’est surtout l’Etat qui en prend pour son grade. Actionnaire à 100 % du transporteur, il est rendu responsable de la situation et très critiqué sur ce dossier par les élus.

« En plein grand débat, c’est faire preuve de mépris pour les citoyens mais aussi pour les parlementaires qui sont en pleine discussion à l’Assemblée sur la loi d’orientation sur les mobilités. Et puis on ne fait pas ce cadeau empoisonné aux maires à un an des élections municipales, ça n’a pas de sens », s’énerve l’élu régional.

Réponse définitive d’ici la fin du mois de mars

Un double discours que ne comprend pas non plus le maire de Douai. « L’Etat est à nos côtés dans le projet action cœur de ville où Douai fait partie des 222 villes retenues pour donner aux centres-villes des communes moyennes les moyens de se développer. Or le premier élément de l’attractivité, c’est la desserte TGV », se lamente Frédéric Chereau qui rencontrera le 28 février le directeur régional de la SNCF.

Comme lui, tous les maires concernés connaîtront d’ici la fin mars le sort qui leur sera réservé. Et tous préviennent déjà : si les dessertes sont supprimées, ils sont déjà prêts à descendre à Paris pour se faire entendre et éviter la catastrophe annoncée. La fronde ne fait peut-être que commencer.