Camille Delcroix, le second de cuisine du Château de Beaulieu, dans le Nord, a remporté la neuvième édition de «Top Chef».
Camille Delcroix, le second de cuisine du Château de Beaulieu, dans le Nord, a remporté la neuvième édition de «Top Chef». — Nicolas Gouhier /M6

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Dans une interview accordée à 20 Minutes, le Nordiste de 28 ans parle de l’après « Top Chef » où tout n’est pas si simple

  • Vainqueur de la neuvième édition de Top Chef en 2018, Camille Delcroix avait marqué les esprits par sa bonne humeur.
  • Un an après, le Nordiste, qui est toujours second dans un restaurant, revient sur l’après concours.

Le succès ne lui est pas monté à la tête. Au moment où démarre une nouvelle saison de Top Chef ce mercredi sur M6, Camille Delcroix est resté le même. Vainqueur du concours l’an passé, le Nordiste de 28 ans n’a pas changé ses habitudes.

Toujours second de cuisine au château de Beaulieu, restaurant deux étoiles situé à Busnes (Pas-de-Calais), le chef, qui animera une émission après chaque épisode de Top Chef, n’a pas prévu d’ouvrir tout de suite son propre établissement. C’est autre chose sur le plan personnel où il deviendra papa pour la première fois en juillet. Un an après son succès, Camille Delcroix a raconté à 20 Minutes son après Top Chef.

Avez-vous un pincement au cœur au moment où démarre une nouvelle saison de Top Chef ?

J’ai un peu les boules, oui. Ça fait déjà un an et c’était une super expérience. A part ouvrir un restaurant, qu’est ce qu’on peut faire de mieux après ça pour revivre de telles sensations dans une vie professionnelle ? C’est un concours à part. Tous les jours, on doit se déplacer et tous les jours on a des chefs mondialement connus en face de nous. C’est donc un grand stress. Même si, pour l’avoir vécu, je pense qu’en ce moment les candidats redoutent plus la diffusion de l’émission que l’épreuve en elle-même. Vu que le tournage de l’émission est terminé avant les fêtes, ils vont regarder à tête reposée ce qu’ils ont fait il y a déjà deux-trois mois. J’avoue que je n’aimais pas me regarder à la télé l’an passé. Et puis c’est un condensé, on ne voit pas tout. Pour ceux qui ont vécu l’expérience, c’est un peu frustrant.

C’est se voir à la télé ou le montage qui est frustrant ?

Se voir à la télé. On voit ses mimiques, sa gestuelle, c’est bizarre. Et puis, je ne me rappelais plus du nombre de conneries que j’avais sorti devant la caméra (rires). C’est resté et on me sort encore quelques répliques de temps en temps au restaurant. C’est assez rigolo.

Quelle est la réplique qu’on vous ressort le plus ?

« J’ai tellement tout donné dans cette épreuve que j’ai craqué mon falzar » ou encore l’épreuve de l’œuf avec Yannick Alleno où j’avais dit que « c’était lisse comme la peau de mes roupettes » (rires). Toutes ces phrases sont sorties du tac au tac pendant le tournage. Alors, quand j’ai revu l’émission, je me suis dit « Merde, comment j’ai pu dire ça devant ma caméra ». Ça m’a fait beaucoup rire et mes proches aussi.

Qu’est ce qui a le plus changé dans votre vie depuis votre victoire ?

Plein de choses. J’ai des sollicitations à gauche, à droite. Je suis parti tous les week-ends. Il y a des gens qui vous demandent au restaurant. Je suis passé d’inconnu à la notoriété ce qui n’est pas évident à gérer tous les jours. Tout ça est arrivé en si peu de temps.

C’est positif ou négatif ?

Il y a des deux, comme partout. Cela m’a permis de rencontrer énormément de gens que j’admirais beaucoup comme des chefs trois étoiles ou des meilleurs ouvriers de France. Avant je les voyais sur les réseaux sociaux ou dans les magazines. Et maintenant, j’ai leurs numéros de téléphone donc c’est assez extraordinaire pour quelqu’un comme moi qui suis passionné de cuisine. Après, être reconnu ce n’est pas toujours évident.

C’est-à-dire ?

Par exemple, je suis sorti au restaurant lundi soir avec ma compagne et la moitié de la salle s’est retournée. C’est un peu pesant même si la plupart du temps, les gens sont très sympas et très très cool.

Avez-vous changé votre façon de cuisiner ?

Ce n’est pas ma façon de cuisiner qui a changé mais toute la réflexion qu’il y a derrière. Ma façon de voir les choses a évolué. Je me prends un peu plus la tête.

Votre victoire a-t-elle amélioré l’affluence du restaurant dans lequel vous travaillez ?

On a très très très bien travaillé cette année (sourire). Très très bien (il insiste). Il y a eu un effet Top Chef. Ça augmente clairement l’affluence du restaurant. C’est quelque chose qui n’est pas négligeable même si je ne l’ai pas fait pour ça. Je l’ai fait pour m’amuser, faire un point dans ma carrière et me mesurer aux autres.

Est-ce que les clients demandent à vous voir au restaurant ?

Je ne vais pas en salle parce que c’est le restaurant de Marc Meurin. Ce n’est pas ma place et j’ai mis un point d’honneur là-dessus. Si les gens insistent vraiment pour me rencontrer, on les fait passer en cuisine. Je reste à ma place.

Avez-vous le projet d’ouvrir votre restaurant ?

Oui mais je me laisse le temps. J’ai encore beaucoup à apprendre avec ma compagne qui travaille en salle avec moi à Busnes. Pourquoi pas ouvrir un petit restaurant dans cinq, six ans mais pas tout de suite. J’ai été sollicité par plein de monde, j’aurais pu ouvrir plein de restaurants mais ça ne m’intéresse pas. Et puis je n’ai pas envie que les gens viennent chez moi parce que j’ai fait Top Chef. Je veux qu’ils viennent parce que c’est bon. J’attends que le soufflé retombe un peu. Je vais faire comme tout le monde. Je vais ouvrir ma boîte, je vais galérer mais pas tout de suite.

Que vous êtes-vous acheté avec les 100.000 euros dévolus au vainqueur ?

Je me suis juste fait un petit plaisir en refaisant ma Harley-Davidson dans un magasin d’Arras. J’ai donné carte blanche au gérant pour tout refaire. Le reste a été placé.

Quel est le conseil que vous donneriez au futur vainqueur de Top Chef ?

De ne pas se prendre la tête. Comme on est sollicité de partout, on peut vite faire tout et n’importe quoi et c’est un peu dangereux. Il faut savoir garder la tête froide. J’ai eu la chance d’avoir souvent au téléphone le chef Philippe Etchebest qui connaît les rouages de la télé et m’a souvent rappelé l’ordre. Même chose au travail avec Marc Meurin et mon chef de cuisine Philippe qui m’ont bien encadré. Après un truc comme ça, il ne faut pas s’enfermer. Il faut être bien entouré car il ne faut pas tout accepter. J’ai eu un passage à vide après l’émission mais je me suis cassé le pied juste après ma victoire. Ça m’a permis de rester quinze jours au frais chez moi à ne pas être embêté. C’était un mal pour un bien pour pouvoir déconnecter de tout ça.