Hauts-de-France : L’essor de la méthanisation agricole ne fait pas que des heureux

ENERGIE Méthanisation agricole et respect de l’environnement sont-ils compatibles ? Une association nordiste est reçue, ce lundi, au ministère de la transition énergétique…

Gilles Durand

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Une unité de méthanisation dans la Meuse.
Une unité de méthanisation dans la Meuse. — Gutner/SIPA
  • Des associations dénoncent le manque d’encadrement des projets de construction d’unités de méthanisation agricole.
  • Dans le Pas-de-Calais, des élus et riverains s’inquiètent des risques de pollution de l’eau et de l’air concernant un projet.
  • Dans les Hauts-de-France, 33 unités de méthanisation ont déjà vu le jour et 180 projets sont en cours d’instruction.

Pourquoi la politique de méthanisation, menée par les pouvoirs publics, fait peur ? Plusieurs membres du Collectif National Vigilance Méthanisation (CNVM) ont rendez-vous, ce lundi, avec le chef de Cabinet du ministre de la Transition énergétique, pour « dénoncer toutes les dérives de la méthanisation », une opération qui consiste à transformer des déchets et denrées agricoles en gaz ou électricité. Un représentant des Hauts-de-France, Freddy Garcia, responsable de l'asso Gouy Quiétude, dans le Pas-de-Calais, sera présent.

Aucun respect des populations riveraines ? Une simple déclaration à la préfecture est nécessaire pour obtenir le permis de construire. La distance réglementaire est de se situer à au moins 50 m d’une maison. « Vous pouvez en avoir au bout de votre jardin », dénonce Freddy Garcia. Un projet de méthaniseur doit voir le jour dans sa commune du Pas-de-Calais, à Gouy-sous-Bellonne, près de Douai. « Aucune réunion publique n’a été organisée. Les maires des trois communes alentour contestent ce projet. On demande que ça soit un peu encadré », regrette Freddy Garcia.

Le projet de construction d'un méthaniseur à Gouy-sous-Bellone, près de Douai.
Le projet de construction d'un méthaniseur à Gouy-sous-Bellone, près de Douai. - Gouy Quiétude

Risque pollution de l’air ou de l’eau ? En Allemagne, les émanations de soufre ont déjà tué. « On travaille avec des matières organiques. Les risques existaient déjà pour les agriculteurs. Mais les méthaniseurs ont des fosses étanches et aucun rejet n’est autorisé », souligne Arnault, expert méthanisation à la chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Concernant l’eau, le projet de Gouy est bloqué par recours auprès du tribunal administratif. La Communauté d’agglomération du Douaisis qui s’occupe de la gestion de l’eau s’inquiète d’éventuelles fuites. La nappe phréatique se trouve simplement à 4 m sous terre.

Rentabilité des projets ? Dans les Hauts-de-France, 33 unités de méthanisation ont déjà vu le jour, surtout dans le Nord et le Pas-de-Calais. Cinq sont en construction et on dénombre environ 180 projets, dont certains font l’objet d’un recours. « La question de la rentabilité se posait, au début, mais avec les aides, elle ne se pose plus, assure Arnault Etienne. Les trois quarts des unités ont déjà des projets d’agrandissement ».

Mais Freddy Garcia soupçonne d’autres intérêts cachés : « Qu’une ferme ait sa propre petite unité de méthanisation, pourquoi pas, mais on voit des projets de plus en plus importants qui demandent des investissements [ils peuvent aller jusqu’à 8 millions] et des firmes comme Engie et Véolia s’y intéresser. Ne risque-t-on de voir, à plus ou moins long terme, ces firmes racheter au fur et à mesure ces méthaniseurs, au détriment du monde agricole ? »