Lille: Al-Jazeera clôt son enquête sur les identitaires. Et maintenant ?

EXTRÊME DROITE La seconde partie du documentaire « Generation hate » a été diffusée, dimanche…

Mikaël Libert
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La seconde partie de «Generation hate», une enquête d'AL-Jazeera (Capture d'écran).
La seconde partie de «Generation hate», une enquête d'AL-Jazeera (Capture d'écran). — AL-Jazeera
  • La seconde partie du documentaire d’Al-Jazeera sur le mouvement identitaire Lillois a été diffusée.
  • Le parquet de Lille a pris en compte les nouveaux éléments révélés dans le deuxième épisode.
  • Plusieurs élus FN ont été filmés dans le bar « La Citadelle » connu dans le milieu identitaire Lillois.

Dimanche, la chaîne qatarie Al-Jazeera a diffusé la seconde partie de Generation hate, son enquête sur le milieu identitaire Lillois et son repaire, le bar La Citadelle. Là encore, l’enquête s’attache à montrer qu’il existe des liens entre la mouvance identitaire et le parti de Marine Le Pen, le Rassemblement national.

Dans le premier épisode, des actes et propos filmés en caméra cachée par le journaliste infiltré avaient suscité un certain émoi, notamment auprès de la maire de Lille, Martine Aubry. Celle-ci avait écrit au préfet pour réclamer la fermeture du club privé la Citadelle. Saisi par le préfet du Nord, le parquet de Lille avait ouvert une enquête préliminaire, confiée à la sûreté urbaine de Lille.

« Le parquet a pris connaissance de la seconde partie du reportage […] et l’enquête se poursuit avec les nouveaux éléments révélés », ont confirmé à 20 Minutes les services du procureur de la République. Pour autant, le ministère public n’a pas précisé s’il avait déjà retenu certains éléments comme pouvant relever de poursuites pénales.

« La plupart des cadres du Front sont identitaires »

Dans une grande partie de l’épisode deux, Al-Jazeera s’intéresse particulièrement à une personne brièvement aperçue dans la première partie : Christelle Lechevalier. Membre du Rassemblement national (ex-FN), elle est élue du département du Calvados et à la région Normandie. En juin 2017, elle a remplacé Marine Le Pen au parlement européen après l’élection de cette dernière à l’Assemblée nationale.

Dans le reportage, le journaliste filme et enregistre la députée alors qu’elle se trouve dans le bar La Citadelle, entourée de membres ou de sympathisants identitaires. Cette séquence a été tournée au moment où le congrès du Front national se tenait à Lille, les 10 et 11 mars 2018. « La plupart des députés frontistes, comme la plupart des cadres du Front sont identitaires », peut-on entendre dans des propos attribués dans le documentaire à Christelle Lechevallier. Etonnant si l’on se souvient que Marine le Pen elle-même assurait que son parti n’avait rien à voir avec des mouvements comme celui des identitaires.

Le même jour, toujours à la Citadelle, une autre députée européenne frontiste a fait son apparition, Sylvie Goddyn. On y voit aussi Eric Dillies, bien connu à Lille pour y avoir fait campagne pour le FN aux municipales de 2014. « La plupart des gens de Génération identitaire sont des anciens du Front qui ont été déçus par la démarche politique. C’est normal qu’il y ait des liens », reconnaît Eric Dillies, « viré » du FN depuis pour avoir soutenu Nicolas Dupont-Aignan pour les Européennes à l’instar de Sylvie Goddyn.

Une manif contre la « Citadelle »

Si le RN n’a pas réagi officiellement après la diffusion du documentaire. Et malgré tout, Philippe Emery, président du groupe RN à la Région, avait assuré à 20 Minutes qu’aucun lien n’existait entre son parti et Génération identitaire. « Des amalgames, des procès d’intention […] l’apanage d’un état qui est encore plus rétrograde que l’ Arabie Saoudite », dénonce Eric Dillies.

De l’autre côté, en réaction à « Generation hate », plusieurs organisations ont appelé à une manifestation, dimanche à Lille. A l’appel « Tous dans la rue face aux identitaires : fermons la Citadelle ! », on trouve plusieurs mouvements antifa, la CNT, le NPA Lille ou encore le syndicat étudiant SUD Solidaires comme signataires.