Hauts-de-France: Les artisans pêcheurs vont se mettre au tri sélectif

INNOVATION Un peu poussée par l'Europe, une association de chalutiers artisans va tester un dispositif pour ne pêcher que des poissons au format légal...

Mikael Libert

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Des artisans pêcheurs préparent leurs chaluts (illustration).
Des artisans pêcheurs préparent leurs chaluts (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • Dès 2019, les chalutiers ne pourront plus rejeter en mer les poissons qui n’entrent pas dans les critères de tailles réglementaires.
  • Une association de chalutiers artisans travaille à une solution, le projet Selux, pour améliorer la sélectivité directement sur les navires.
  • Une source lumineuse couplée à un filet spécifique va être expérimentée dès janvier prochain.

« Trier sur le fond plutôt que sur le pont ». C’est le mantra d’une directive issue de la Politique commune de pêche (PCP) adoptée en 2013 par l’Union européenne et qui doit entrer en vigueur le premier janvier prochain.

La nouvelle règle en question, appelée « obligation de débarquement », contraint les pêcheurs à ne plus rejeter en mer les poissons trop petits, mais à les vendre à bas prix, hors du circuit normal, tout en les décomptant de leurs quotas. L’idée globale étant de forcer les pêcheurs à trouver des solutions pour ne ramasser que des poissons à la bonne taille.

« Un pourcentage important de rejet en mer »

Selon le From Nord, association qui regroupe notamment 69 chalutiers artisans, les chalutiers n’ont pas d’espèce cible. Dans leurs filets, ils ramassent un peu tout ce qui vient : merlans, encornets, maquereaux, seiches… Le problème, c’est que la taille réglementaire pour un poisson varie en fonction de l’espèce.

« Du coup, il y a un pourcentage important de rejet en mer », affirme Manon Joguet, chargée de mission au From Nord. C’est mauvais pour les pêcheurs, parce qu’ils perdent du temps à trier, et c’est mauvais pour les poissons parce que beaucoup meurent.

La solution développée par le Britannique Safety Net.
La solution développée par le Britannique Safety Net. - Safety Net

« Nous avons lancé le projet Selux. Il s’agit de coupler une source lumineuse à un panneau de mailles carrées monté sur le chalut. En théorie, la lumière va attirer les plus petits poissons qui pourront s’échapper par les mailles plus larges », poursuit la chargée de mission. Mais il reste à vérifier que la lumière ne produira pas l’effet inverse. « Nous allons expérimenter le dispositif pendant deux ans, en alternant les tests en bassins avec l’Ifremer et les tests en conditions réelles », précise Manon Joguet.

Très efficace, sur les tortues

Le fameux dispositif, développé par la start-up britannique Safety Net, a déjà prouvé son efficacité en Indonésie : « Il est utilisé par les pêcheurs pour éloigner les tortues des filets. Mais on ne sait pas comment réagiront les espèces qui nous intéressent, comme le merlan », reconnaît-on au From Nord.

La solution développée par le Britannique Safety Net.
La solution développée par le Britannique Safety Net. - Safety Net

D’autres solutions avaient été évoquées, comme l’utilisation d’ultrasons ou d’odeurs. « Ces options ont été abandonnées parce qu’elles risquaient de désorienter les espèces », assure Manon Joguet. On reste donc sur la lumière avec deux options. Outre le produit britannique qui utilise des Leds, un fabricant breton, Le Drezen, propose un filet équipé de mailles bio luminescentes. Du « made in France » qui ne consomme pas d’énergie.