VIDEO. «Je savais que si je partais, je ne reverrais plus mon enfant», raconte une victime de violences conjugales

TEMOIGNAGE Une jeune femme, victime de violences conjugales, raconte comment elle est parvenue à obtenir un hébergement d’urgence…

Propos recueillis par Gilles Durand
Victime de violence, S. a choisi de témoigner.
Victime de violence, S. a choisi de témoigner. — G. Durand / 20 Minutes
  • L’association nordiste Solfa propose un centre d’accueil de jour et un hébergement d’urgence pour les femmes victimes de violences.
  • Une femme hébergée par cette association raconte son calvaire avec son mari.
  • L’association l’aide à obtenir des papiers, le divorce et la garde alternée de son enfant.

Dimanche 25 novembre sera la journée internationale pour l’élimination de la violence à l'égard des femmes. 20 Minutes est allé à la rencontre d’une jeune femme qui a accepté d’évoquer son histoire. Elle est hébergée, depuis le début de l’année par Brunehaut, un pôle de l’association nordiste Solfa.

Comment a commencé votre histoire ?

J’ai rencontré mon mari au Maghreb. Il est français et venait en vacances dans sa famille. Je suis tombée enceinte, mais sa famille était contre notre mariage. J’ai refusé d’avorter et notre fille est née sans père officiel. Le problème, c’est que mon pays, si un enfant ne porte pas le nom de son père, il n’a aucun droit, pas même celui d’aller à l’école. J’étais amoureuse. Je voulais qu’on se marie et qu’on vive ensemble. Il est revenu pour qu’on se marie et, ensuite, m’a ramenée en France avec notre enfant.

Et les problèmes ont commencé…

Je devais faire le ménage, je n’avais pas le droit de sortir. Lui rentrait très tard. Je le voyais rarement. Ça a duré plusieurs mois avant que sa famille décide de me renvoyer dans mon pays. J’ai refusé. Je savais que si je partais, je ne reverrais plus mon enfant.

Vous vous êtes retrouvée seule contre tous ?

J’ai été emmenée de force à l’aéroport, jusque dans la salle d’embarquement. Une dame m’a vue pleurer. J’ai eu de la chance. Elle faisait partie de la Ligue des droits de l’Homme. Elle a prévenu la police qui m’a fait sortir de l’aéroport. J’ai été hébergée par des amis de cette dame pendant deux mois. Avant de venir dans ce centre, sur le conseil des gens qui m’accueillaient.

Vous ne connaissiez pas l’existence de ce centre ?

Pas du tout. Je ne connaissais rien de la France. J’étais perdue. Si j’avais su que ça existait, je serais partie plus tôt, avec mon enfant. Je ne serais même pas restée une nuit avec mon mari. Ici, je suis aidée dans mes démarches au tribunal pour obtenir le divorce et la garde alternée de ma fille, mais aussi à la préfecture pour avoir des papiers.

Depuis l’épisode de l’aéroport, vous ne voyez plus votre enfant…

Je ne l’ai pas vu pendant quelques mois. Mon mari a porté plainte pour abandon du domicile et a obtenu la garde de mon enfant. Aujourd’hui, j’arrive à la voir tous les quinze jours.

Vous avez subi des violences physiques ?

Il me frappait souvent. Une fois, il m’a frappé alors que j’étais enceinte du deuxième. J’ai fait une fausse couche.

Aujourd’hui, vous vivez de quoi ?

J’ai travaillé cinq mois, mais je n’ai pas pu renouveler mon contrat. Je touche les Assedic mais je cherche du travail. C’est difficile.

Dans votre nouveau logement, comment ça se passe ?

Je suis tranquille. Je suis très aidée. Je partage l’appartement avec une autre dame qui vient aussi du Maghreb. Elle est ingénieure et a connu aussi des problèmes avec son ancien mari.