«Gilets jaunes»: Des chiffres sur le prix de l'essence contredisent l’argumentaire autour des manifestations du 17 novembre

ECONOMIE Deux experts lillois et tourangeaux démontrent par les chiffres que les préjugés associés à la hausse du carburant cachent parfois des contre-vérités…

Gilles Durand

— 

Illsutration de l'opération des «gilets jaunes», prévue le 17 novembre 2018.
Illsutration de l'opération des «gilets jaunes», prévue le 17 novembre 2018. — Allili Mourad/SIPA
  • Le coût de l’essence, aujourd’hui, est beaucoup moins élevé qu’en 1970, si on compare au Smic et à la consommation des voitures, selon une étude.
  • L’analyse des chiffres de l’Insee montre que ce sont les plus riches qui habitent le plus loin de leur lieu de travail et qui consomment le plus de carburant.
  • « L’Agence internationale de l’énergie prévoit, autour de 2025, des risques de tensions sur le marché du pétrole qui va devenir de plus en plus rare », indique un expert en mobilité.

Les chiffres déjouent tous les préjugés sur le sujet. Un économiste de Tours et un expert en mobilité de Lille se sont penchés sur l’argumentaire de la colère liée à l’augmentation du prix du carburant. Les deux études livrent un tout autre discours que celui qui est avancé par les « gilets jaunes » à propos du prix de l’essence et du pouvoir d’achat. Explications.

Non, le prix du carburant n’a pas explosé. A La demande de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut), l’économiste Jean-Marie Beauvais a étudié les variations du prix des carburants sur les périodes 2012-2018 et 1970-2018. « Le prix réel n’est pas plus élevé qu’en 2012 si on tient compte de l’augmentation du Smic et le coût réel des déplacements en voiture a fortement diminué depuis 1970 », estime la Fnaut.

Selon l’étude, notamment grâce à la diminution de la consommation des véhicules, le nombre de kilomètres qu’on peut parcourir avec une voiture diesel, en travaillant une heure payée au Smic, a augmenté de 57 %, et même de 171 % dans le cas d’une voiture à essence, en 50 ans.

Non, ce ne sont pas les pauvres qui habitent loin de leur lieu de travail. Cette fois, c’est un expert lillois en mobilité durable qui a étudié la question, en se basant sur des études de l’Insee. « On brandit des généralités sans vérifier, mais quand on regarde les chiffres, on s’aperçoit que c’est faux », assure Mathieu Chassignet. Plus le foyer a un revenu modeste, plus il habite près de son lieu de travail. Au contraire, plus on est riche, plus on habite loin.

Ce sont bien les plus riches qui utilisent le plus leur voiture. « Certes, il existe des exceptions, mais globalement, les plus riches consomment deux fois plus de carburant, en moyenne, que les plus pauvres. Le budget essence représente en moyenne 4 % du revenu des ménages, un chiffre stable depuis les années 80 », précise Mathieu Chassignet. Ce dernier regrette notamment l’essor des ventes de voitures SUV, ces dernières années : « Elles consomment beaucoup, alors que les pouvoirs publics auraient pu aider à l’achat de voitures plus sobres ».

Que faire pour échapper à la dépendance des voitures ? « Il y a un manque d’alternative à la voiture dans les zones périurbaines et rurales qu’il faut réduire rapidement », estime la Fnaut. « La taxe carbone, qui a permis à l’Etat d’engranger 4 milliards d’euros cette année, devrait servir à cette transition énergétique impérative, poursuit Mathieu Chassignet. La hausse du prix des carburants va continuer. L’Agence internationale de l’énergie prévoit, autour de 2025, des risques de fortes tensions sur le marché du pétrole qui va devenir de plus en plus rare. »