Nord: Une expo de photos sur les violences faites aux femmes censurée

SOCIETE Sur les 24 photos que compte l’exposition, une dizaine a été décrochée. Une censure insupportable et incompréhensible pour l’auteur…

Mikael Libert

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Cette image fait partie des dix qui ont été décrochées de l'exposition.
Cette image fait partie des dix qui ont été décrochées de l'exposition. — B.Delhalle
  • Une série de photos sur les violences faites aux femmes est exposée à l’hôpital de Seclin.
  • Certaines de ces images de nu artistique ont été retirées après des protestations du personnel et de patients.
  • L’auteur des photographies dénonce une censure, l’hôpital parle d’une « mise en sécurité » des clichés.

« Trop belles pour avoir été violentées ». Depuis début novembre, l’hôpital de Seclin, près de Lille, expose des photos de nu artistique sur le thème des violences psychologiques subies par les femmes. Des images qui ont choqué certains membres du personnel et quelques patients au point que l’hôpital a décidé de « mettre en sécurité » une dizaine de photos sur les 24 exposées. Une « censure » dénoncée par l’auteur, Bernard Delhalle.

« Des maux invisibles »

Ancien chef éclairagiste pour France 3, Bernard Delhalle s’est reconverti dans la photo artistique une fois la retraite. « L’idée de cette exposition m’est venue après avoir longuement discuté avec les femmes qui faisaient la démarche de poser pour des photos de nu artistique. J’ai découvert que beaucoup souffraient de maux invisibles. Qu’elles étaient marquées par les violences psychologiques de la part de leurs conjoints », explique le photographe.

L’artiste a donc sélectionné une vingtaine d’images et exposé son travail pour la première fois à l’hôpital d’Armentières. L’exposition est ensuite partie pour la galerie d’art installée en début d’année à l’hôpital de Seclin. « Peu de temps après l’accrochage, on m’a appelé pour me prévenir qu’une dizaine de photos avaient été retirées parce qu’elles avaient choqué, notamment des membres du personnel », assure Bernard Delhalle. Selon lui, on lui a avancé l’excuse que « cela pouvait perturber les enfants ».

« Trop belles pour avoir été violentées »

« Que dire des pubs pour le shampoing à la télé », ironise-t-il. « Le problème, c’est que ces violences sont invisibles. Il n’y aurait pas eu de débat avec des photos montrant des femmes battues », se désole-t-il. « Un membre du personnel de l’hôpital a tout de même dit que ces femmes étaient trop belles pour avoir été violentées, enrage-t-il. C’est effarant. »

« Quand il y a des gens qui vous demandent de tout retirer, on estime que garder une partie de cette exposition est déjà une victoire, et on s’est battus pour ça », explique-t-on au service communication de l’hôpital, en charge de la programmation de la galerie. « Nous avons décidé de retirer certaines images car si elles avaient été dégradées, nous aurions considéré cela comme une double peine pour les femmes. »

Le vernissage aura lieu, vendredi. « Les photos retirées seront remises à cette occasion et le photographe pourra expliquer sa démarche », assure le service communication. « Soit j’accepte cette censure et je courbe l’échine. Soit je retire tout », s’interroge pour sa part le photographe.