11-Novembre: Clichy-la-Garenne renoue son parrainage de guerre avec un village d’Artois

CENTENAIRE La reconstruction de villages du nord de la France avait été possible, après la Première Guerre mondiale, grâce à la « solidarité patriotique » d’autres communes…

Gilles Durand

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Après les combats de la Guerre14-18, il ne restait plus rien du village de Riencourt-lès-Cagnicourt.
Après les combats de la Guerre14-18, il ne restait plus rien du village de Riencourt-lès-Cagnicourt. — Mairie de Riencourt-lès-Cagnicourt
  • La ville de Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, a repris contact, près d’un siècle plus tard avec le village dont il avait aidé à la reconstruction, après la Première Guerre mondiale.
  • Le village de Riencourt, dans le Pas-de-Calais, faisait partie des plus détruits sur l’ancien front militaire.
  • A partie de 1919, un millier de communes avaient été soutenues financièrement au nom de la « solidarité patriotique ».

« Voilà Riencourt, annonce le chauffeur. Nous regardons autour de nous. Rien, c’est pire là que nulle part ailleurs. Le néant ». Le récit des élus de Clichy-la-Garenne, en 1919, en dit long sur l’état d’un village du Pas-de-Calais, situé sur l’ancienne zone de front.

Cette visite officielle de la cité des Hauts-de-Seine, après la Première Guerre mondiale, avait pour but de mesurer l’ampleur des dégâts dans la « zone rouge », notamment pour la centaine de villages sévèrement meurtris dans ce secteur de l’Artois, entre Arras, Cambrai et Douai.

« Ça donne un sens à la solidarité »

La semaine dernière, une délégation municipale de Clichy-la-Garenne, accompagnée de 55 enfants, est venue renouer les liens avec Riencourt-lès-Cagnicourt, un village de 270 habitants, où la rue principale s’appelle rue de Clichy. « Nous n’avons pas oublié que Clichy a aidé à reconstruire notre village. Avant la guerre, il y avait 530 habitants. Seuls 130 sont revenus après la fin du conflit », souligne Gérard Crutel, maire de Riencourt.

Extrait de la lettre envoyée par le maire de Riencourt-lès-Cagnicourt, dans le Pas-de-Calais, à son homologue de Clichy-la-Garenne, pour le remercier de son parrainage.
Extrait de la lettre envoyée par le maire de Riencourt-lès-Cagnicourt, dans le Pas-de-Calais, à son homologue de Clichy-la-Garenne, pour le remercier de son parrainage. - Mairie de Clichy-la-Garenne

La semaine prochaine, ce sont les enfants de Riencourt qui se rendront à Clichy pour renouer ce parrainage, presque cent ans plus tard. « Ce lien entre un village et une ville de 60.000 habitants est important. Pour la jeune génération, ça donne un sens à la solidarité et aux conséquences de cette guerre », remarque Xavier Bureau, chargé de Mission Guerre 14-18 à Clichy. Une place baptisée Riencourt sera inaugurée pour l’occasion.

« Solidarité patriotique »

Comme environ mille autres communes, Riencourt a bénéficié, après guerre, de la « solidarité patriotique ». « Il fallait maintenir l’union sacrée, raconte Jean Heuclin, historien et doyen honoraire de l’université catholique de Lille. Les communes françaises ont été sollicitées par les préfectures pour parrainer la reconstruction ». La ville de Lyon, par exemple, va aider Saint-Quentin.

Dans ses mémoires, Alphonse Désormeaux, maire de Clichy de l’époque, raconte comment Riencourt a été « adoptée » après la visite d’une commission sur le terrain, le 11 septembre 1919. Dans la foulée, le conseil municipal a voté une aide de 25.000 francs, l’envoi de 50 lits doubles, de 50 poêles, de linges et de berceaux.

Sur ces terres fertiles d’Artois, la vie a rapidement repris le dessus. « Vers 1922-1923, on est revenu au niveau des productions agricoles de 1914 », note Jean Heuclin. Toutes les communes du département seront reconstruites, contrairement à d’autres, ailleurs, comme Fleury, près de Verdun. Le retour à l’activité agricole et industrielle, dans le bassin minier tout proche, était primordial.

La nostalgie de la Belle Epoque

« Dans le Nord-Pas-de-Calais, on a reconstitué le quotidien comme avant, avec la nostalgie de la Belle Epoque. On reprend les cartes postales pour retrouver l’emplacement des maisons », précise l’historien.

Le village de Riencourt-lès-Cagnicourt, dans le Pas-de-Calais, en pleine reconstruction, après la Guerre 14-18.
Le village de Riencourt-lès-Cagnicourt, dans le Pas-de-Calais, en pleine reconstruction, après la Guerre 14-18. - Mairie de Riencourt-lès-Cagnicourt

Des concours d’architecte sont organisés pour reconstruire les églises, mais les autres bâtiments sont d’abord des baraquements préfabriqués, puis des maisons modèles dont la construction coûte 4.500 francs à l’époque. Certes, plus de la moitié du prix est prise en charge par l’Etat, mais les villageois qui reviennent sur leurs terres n’ont plus rien et les indemnités de guerre sont faibles.

« En plus, l’hiver 1818-19 est très froid et le climat social est tendu », rappelle Jean Heuclin. Pour l’historien, cette période de reconstruction a été très difficile à gérer pour la France. « L’Etat français est coincé entre une dette de 54 milliards réclamée par les Etats-Unis et l’Allemagne qui refuse de payer des dommages de guerre qui sont évalués n’importe comment ». On sait comment ça va se terminer, vingt ans plus tard.