Hauts-de-France: L'autoroute ferroviaire entre Calais et l'Italie est sur les rails

TRANSPORT Viia, filiale de la SNCF, a mis en service sa cinquième autoroute ferroviaire. Un pari sur l’avenir que la conjoncture pourrait bien rendre payant…

Mikael Libert

— 

Une motrice d'un train de fret de la SNCF (illustration).
Une motrice d'un train de fret de la SNCF (illustration). — BEAUFILS/SIPA
  • Une autoroute ferroviaire de 1.150 km entre Calais et l’Italie a été inaugurée, ce mardi. L’investissement pour l’ouverture de cette nouvelle ligne est d’environ 40 millions d’euros.
  • « Dans le secteur de Calais, entre le port et le Tunnel, ce sont près de quatre millions de camions qui transitent chaque année, dont au moins 300.000 qui s’en vont vers l’Italie », assure le président de Viia, qui a mis en service cette autoroute ferroviaire.
  • L’ambition est de retirer 30.000 camions par an de la route. L’opérateur ferroviaire mise sur la pénurie de chauffeurs routiers et le prix du gasoil.

Les camions prendront le train. Mardi, Viia, filiale de la SNCF, a inauguré l’ autoroute ferroviaire reliant le port de Calais à la ville d’Orbassano, en Italie. Dans les trains qui circuleront sur cette ligne, point de voyageurs mais des remorques de camions. Economiquement, il s’agit d’un pari osé, le fret ferroviaire n’étant pas au mieux de sa forme. Mais le président de Viia, Thierry Le Guilloux, mise sur une conjoncture favorable.

Retirer 30.000 camions par an de la route

« Dans le secteur de Calais, entre le port et le Tunnel, ce sont près de quatre millions de camions qui transitent chaque année, dont au moins 300.000 qui s’en vont vers l’Italie », assure le président de Viia. L’opérateur de fret ferroviaire espère capter une partie de ces camions pour les mettre sur ses trains, « dix pour cent, soit 30.000 par an », estime Thierry Le Guilloux.

L’investissement pour l’ouverture de cette nouvelle ligne est d’environ 40 millions d’euros. « Essentiellement pour le matériel roulant puisque nous possédons déjà des terminaux à Calais et à Orbassano », assure le président de Viia. Le rythme espéré des liaisons est de 24 par semaine d’ici à la fin 2019.

Pour remplir ses trains, le transporteur a plusieurs arguments. « La conjoncture est plutôt favorable au fret ferroviaire avec la pénurie de chauffeurs routiers longue distance et l’augmentation du prix du gasoil », affirme, pragmatique, l’opérateur. Il compte aussi sur la volonté des transporteurs de se payer une image plus verte.

« La part du fret ferroviaire baisse régulièrement »

Une logique affichée qui tranche pourtant avec la réalité constatée par le comité d’entreprise (CE) de Fret SNCF : « Depuis 2009, la part du fret ferroviaire dans le transport de marchandises terrestre baisse régulièrement. Il y a un réel manque de volonté politique de promouvoir ce mode de transport de marchandises, ne serait-ce que lorsque l’on voit l’état du réseau », explique à 20 Minutes un membre du CE. Pour le représentant du personnel, l’argument du prix de l’essence ne tient pas vraiment : « Cela ne pénalise que les transporteurs français, déjà largement affaiblis par le dumping social des entreprises des pays de l’est qui payent leurs chauffeurs et le carburant bien moins cher. »

Pourtant, le président de Viia et le gouvernement voient dans les autoroutes ferroviaires « un transport de marchandises performant et propre » qui va dans le sens de l’avenir. « Mettre un camion sur un train réduit de 90 % ses émissions de gaz à effet de serre », promet Thierry Le Guilloux.